Foires belfortaines


Pieter Bruegel l'ancien ; La danse des paysans

Par LISA
Archive : AMB CC4
Quelques notes sur les foires anciennes à Belfort, le changement de millésime et d'autres dates civiles ponctuant l'année.
1. Quatre (ou cinq ?) foires par an à Belfort

Les foires revêtent au moyen-âge une grande importance économique et sociale.
Elles ont pour but de soutenir l'économie locale, et de constituer pour le peuple des événements qui, avec les fêtes religieuses - qu'elles accompagnent souvent (Bordes, Pentecôte) -,  rythment l'année et constituent des épisodes festifs (pour les badauds) ou commerciaux forts (pour les marchands).

À Belfort, on en compte en principe 4 ; elles apparaissent dans les comptes communaux annuels (qui débutent le 24 juin à la Saint-Jean) dans l'ordre suivant :

  • la foire de la Saint-Laurent (fixe : 10 août)
  • la foire de la Saint-Matthieu (fixe : 21 septembre)
  • la foire des Bordes (mobile : 1er dimanche de carême, 42 jours avant Pâques : février ou mars)
  • la foire de Pentecôte (mobile : 42 jours après Pâques, mai ou juin)

Les foires, dans les comptes communaux, sont surtout mentionnées au travers des mesures prises à l'encontre des troubles potentiels de l'ordre public : conflits commerciaux, vols à la tire, ou autres débordements dus à la consommation de vin. D'où guets supplémentaires, et renforts dans la surveillance des portes :

Item baillé à ceulx qu'il firent
le gait le soir de la foire
par la ville & sur les murailles. (1540, foire de la Saint-Laurent)

Item baillé le jour de la foire
ès pourtiers et à ceulx qu'il
gardirent les portes. (1541, foire de Pentecôte)

 

Signalons enfin que, dans deux actes se succédant de peu en 1538, il est fait mention d'une foire difficile à identifier : inscrits entre un acte du 24 avril et un autre du 18 avril, auquel succède immédiatement un du 11 juin. Impossible de dire s'il est question de la foire des Bordes (10 mars), de celle de Pentecôte (11 juin), ou d'une 5ème foire, entre les deux. Il pourrait aussi s'agir de la foire ci-dessous.

2. La Froideval

En réalité, pour les belfortains, il existe bien une 5ème foire. En effet, une foire se tenait anciennement au prieuré de Froideval (commune d'Andelenans), le 1er mai et le dimanche suivant.
D'après Bonvalot (1), qui cite un document du fonds Mazarin, "il se tient à Froideval une foire le premier jour de mai et le dimanche suivant. Le grand maire de l'Assise a l'inspection de cette foire, et il y fait faire la police par ses sergents. Il perçoit un florin de tous ceux qui vendent du vin à cette foire."

On trouve trace de cette manifestation dans nos comptes du XVIème siècle, sous le simple nom de "la" Froideval (1541) :

Receu de Jehan Guillaume Queller
gagier ès Costes par Henryon
banvart le vendredi
apprès la Froideval

 

Ruines du prieuré de Froideval, telles que H. Bardy les a représentées en 1846 ; dessin reproduit sur le bulletin de la
SBE de 1894.
3. Échéances civiles

Jusqu'aux années 1560, la date officielle de changement d'année est le jour de Pâques ; voir notre article à ce sujet. Il s'agit donc d'une date mobile, particulièrement malcommode, dont on s'interrogera ci-dessous par. 4 sur l'application pratique qu'elle pouvait avoir dans la vie quotidienne.

D'autre part, on l'a vu, les comptes communaux démarrent le 24 juin. Mais, indépendamment du "millésime", l'année de compte est divisée en 4 quarts d'an (ou quart temps), nommés Pâques, Saint-Jean, Saint-Michel et Noël ; ils correspondent aux périodes sur lesquelles sont prélevées les différentes taxes, en particulier celle sur le vin, qui constitue la recette majeure de la ville :

Item receu pour le cartemps de la St
Michiel archange deppuis celluy de
la nativitez St Jehan Babtiste ...

Enfin, la date de la Saint-Martin d'hiver (10 ou 11 novembre), dans une grande partie de la France, a une grande importance économique : c'est le jour où sont exigés le plus grand nombre des paiements, qu'ils soient seigneuriaux ou entre particuliers. On n'en trouve guère trace dans les comptes communaux, mais cette référence est très fréquente dans les terriers, comme celui de 1415 :


terme de la Saint Martin d'iver


Le tableau ci-dessous donne un aperçu du rythme annuel des événements "civils" constitués par ces foires et les découpages officiels de l'année :

4. Le bon an

La notion d'année, et surtout de son début, est un peu complexe, jusqu'aux années 1560 :

  • l'année officielle commence à Pâques,
  • l'année des édiles communaux débute le 24 juin (remise des comptes, mise en place du nouveau conseil).

Mais, dans la vie quotidienne, c'est bien le 1er janvier qui marque le "Bon An" : on le voit dans ce qui concerne les foires : celle de la Saint-Mathieu est la "dernière foire", et celle des Bordes la "première" (septembre 1540).

Receu de Verlin, gagier par les
visiteurs, de non avoir
mener dehors son fumier
la sepmainne de la dernière foire.

Receu du serviteur de Vieux Prevost
gagier en Salebert par Vuillemot
banvart le sambedi apprès
la St Mathey
Il apparaît bien que la "dernière foire" précède la semaine après la Saint-Matthieu ; elle coïncide même en fait avec celle-ci (21 septembre)


Assez évocateur est cet acte inscrit chronologiquement entre le 2 décembre 1537 et le 23 janvier 1538 (notons bien que ce nous nommons, dans notre calendrier, janvier 1538 était appelé janvier 1537) :

Item baillé le jour du bon an aux
enffants de ma dame, de bonne estrainne,
par l'ordonnance du conseil ; pour ce (4 L. 1 s.)

On remarque même qu'à cette occasion on offrait déjà des étrennes (estrainne) ; du moins dans les milieux aristocratiques (ma dame ne peut être que Marguerite de Fürstenberg, veuve de Jean-Jacques Ier de Morimont, alors que son fils Jean-Jacques II n'est pas encore marié).

On comprend donc que la date de changement de millésime à Pâques était déjà ressentie par les contemporains comme formelle, et vestige, comme tant de choses dans leur quotidien, de traditions immémoriales : le 1er janvier, c'était le "bon an", mais ... on ne changeait pas d'année !


Notes

Cet article est publié par LISA sous la seule responsabilité de son auteur.

Pour envoyer un message ou un rapport concernant cet article, veuillez vous connecter.