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Deux comptes communaux belfortains des années 1540

LISA

Cet article vient à la suite de l'article Un compte de la ville de Belfort au milieu du XVIème siècle, et porte sur les deux comptes précédents (CC5/2 et CC5/1) conservés par les Archives Municipales de Belfort.

Contrairement au compte CC5/3, ceux-ci nous sont parvenus dans leur intégralité. Leur datation, de même que l'enveloppe du budget communal, ne posent pas de problème.

1548 Compte que rendt Jehan Haye (...)
(1542) Compte de honorable homme Je(han)
Perrin Hernemant maistre bourgeois (...)

Nous les étudions ici dans l'ordre de notre dépouillement.

Compte CC5/2 (1548-1549)

L'intitulation indique bien la période concernée :

... commenceant ledict compte le diemenche jour de feste Saint Jehan Baptiste mil cinq cens quarante et huit et finissant à tel jour, l'annéez passéez et révoluez.

Pour confirmation, on peut utiliser une date fournie à la page 63 :

... le mardi seziesme jour d'apvril ...

Le calendrier julien valide bien le 16 avril 1549 comme un mardi.
Le compte communal CC5/2 porte donc sur la période allant du 24 juin 1548 au 24 juin 1549.

Selon les usages archivistiques, la clôture du compte datant le document, il devrait donc être mentionné CC5/2 : 1549 (et non 1548).

En cette année de compte, les bourgeois se sont choisis pour maître bourgeois Jean Haye et comme maître du commun Pierre Pequegnat, qui succèdent respectivement à Martin Kolb et Servois Keller, auxquels les salaires sont versés en début du chapitre des dépenses.

Jean Haye est marchand ; vers 1556, il sera nommé prévôt seigneurial.

Compte CC5/1 (1542-1543)

Bien qu'un peu dégradée, la page d'intitulation nous fournit bien l'année du compte

... pour l'an mil cinq centz quarante et d...

Et l'année 1542 est portée en chiffres, tandis que la conclusion du compte explicitement dressée en l'an mil cinq centz quarante et trois.

Le nom du maître bourgeois, Perrin Hernemant (Hennement) est bien visible dans l'intitulation, mais celui du maître du commun, Morant Bou... est tronqué. Malheureusement, il est toujours appelé par son seul prénom dans le corpus du cahier. Il apparaît toutefois dans les recettes un Morand Boulleret, contrevenant, et c'est le seul Morand reçu bourgeois au XVIè siècle.

Cadre historique

On peut se reporter à notre article sur le compte CC5/3 pour les éléments de fond de ce cadre.

Ces années 1540 ne sont pas particulièrement marquantes au plan général. L'empire est toujours mobilisé dans sa lutte contre les turcs. Cette question apparaît dans l'année 1542, par la levée de l'impôt appelé "aide du Turc", voire simplement "le Turc" (décembre 1542, dernier paiement) :


... paiement du turck ...

Le conflit avec le roi de France, qui concerne plus directement les belfortains (et les comtois), est latent ; une alerte, sous forme d'une montre d'arme, et de la désignation d'un petit contingent, intervient entre août et octobre 1542.

Sommaire :
1. Recettes et dépenses
1-1. Recettes

1548-1549 (CC5/2)

1542-1543 (CC5/1)

Le total des recettes n'est pas clairement spécifié, mais, comme on le verra, le compte est bénéficiaire, et si on ajoute le montant des dépenses et le solde, ainsi qu'ils sont actés à la page 97 du document, on obtient un montant de 811 livres et 3 sols.

 

Dans ce compte, les totaux des recettes sont mentionnés, mais ils sont inexacts.

Si on additionne article par article, on obtient 764 livres 7 sols et 11 deniers.
Si on effectue cette somme page par page, on arrive à 763 livres, 9 sols et 11 deniers, soit le même total, à 18 sols près.
Par contre, le total des recettes, inscrit p. 13 pour 792 livres, 9 sols et 11 deniers, présente un excès de près de 30 livres.

Ces recettes se ventilent ainsi :

Les postes de recettes les plus importants sont :

  • 4 recettes peu détaillées, représentant essentiellement le monopole de la vente de vin par la cave de la ville, pour les 4 quartemps (trimestres) ; la source est précisée seulement dans le premier article : du prouffit de la caisve ; le second mentionne y comprins le ban vin et le dernier indique y comprins le vin de la foire de la Penthecostes.
    Dans le compte ci-contre, une recette sans doute similaire est appelée profitz du vin, du gros et d'angalx.
    Le total des 4 trimestres se monte à 643 livres, 4 sols et 8 deniers, soit 79% du total des recettes. On voit donc que le privilège de la ville sur les ventes de vin constitue l'essentiel de ses revenus.
  • les postes suivants sont beaucoup plus modestes. On peut citer les ventes de bétail (2 taureaux que la ville a engraissés), pour 14 livres, de carpes, pour 13 livres, de chaux pour 10 livres.
  • l'amodiation de la tuilerie, qui rapporte 12 livres (inscrite ci-dessus dans la rubrique "locations").
  • une cense, supposément perçue sur les habitants non-bourgeois (elle est remise par le maître du commun), de 43 livres.

Les autres postes de recette sont tous inférieurs à 10 livres.

La répartition des postes est très proche de celle du compte CC5/2, hormis ceux-ci :

  • la levée d'un impôt (jet ou gectz) de 37 livres ; sa destination est indéterminée : gectz de messieurs ; il peut s'agir aussi bien du conseil de la ville que de la régence d'Ensisheim.
  • des remboursements pour un montant total de 48 livres, provenant des mairies de la seigneurie, des frais de déplacements à Ensisheim, effectués par les bourgeois de Belfort au profit de l'ensemble des communautés, sur 5 ou 6 années.

Le poste principal (572 livres, soit 75% des recettes) est clairement désigné comme l'ensemble des profits de la vente du vin, sur les 4 quarts d'an.

Au titre des censes, on voit apparaître celles possédées par la ville à Menoncourt ; on en trouve les déclarations en 1436, 1456 et 1457 sur le BB1, à la page 145.

 

Les amendes, en particulier, à cette période, sont peu nombreuses, et ne représentent qu'une faible part des recettes (environ 4%). Elles se répartissent comme suit :

La majorité (23 amendes sur 78), d'un montant ordinairement fixé à 8 sols, mais variant de 6 sols à 3 livres dans des situations particulières, concerne les coupes illégales de bois dans la forêt du Salbert.
Leur total est de 34 livres et 4 sols.

Sont également sanctionnés le fait de tirer son arme contre autrui (voir dans l'article FF1/7 l'affaire de l'agression du portier), de jeter des ordures (jectun) hors des lieux autorisés, de faire des pains trop petits (boulangers), d'avoir déambulé dans la rue de nuit sans chandelle (une amende de 20 sols), d'avoir blasphémé en jouant sous le tillot pendant que l'on chantait vêpres (4 amendes de 4 sols), d'avoir porté une chandelle non munie de lanterne dans l'étable, et enfin pour avoir fait coucher son serviteur hors de la ville oultre les ordonnances et commandemens de messieurs.

Les taxes sont presque toutes infligées par les banvarts. Elles sont supérieures en nombre : 91 (dont 31 infligées dans les bois), mais inférieures en total : 29 livres et 14 sols.

Leurs montants sont fixes :

bois 4 sols présence dans un bois ou coupe d'arbre prohibées
commerces alimentaires 10 sols découpe de viande ou vente illégale de viande, pain ou vin
animal divagant 4 sols dans les prés d'autrui
arme dégainée 10 sols  
vergers ou jardin 4 sols chapardage
pêche illégale 8 sols  
par les visiteurs de feux 4 sols  
fumier 4 sols déposé de manière illégale

 

Les rentalles et bourgeoisies

Une rentalle est une taxe payée par les bourgeois nouvellement mariés ; en tant que taxe touchant exclusivement les bourgeois, elles sont regroupées dans un chapitre avec les droits de bourgeoisie. C'est l'occasion de savoir qui sont les bourgeois mariés entre le 24 juin 1548 / 1542 et le 24 juin 1549 / 1543. Mais rien sur la date précise (qui, de toutes manières correspondrait au versement de la taxe, et non au mariage), et encore moins sur le conjoint.

Léonard Sterck nouveau bourgeois
Jacques Lhoste nouveau marié
Henry Heichemant id.
Jean Bourgeois id.
le fils de Jean Bernardt id.
Henry Loste Tous nouveaux mariés
Thiébaud Reppier
Georges Roy
Pierre Le Mareschalx
Perrin Le Chappuz
Guillaume Louvet
Richard Prevost
François De Sanot
Christophe Besançon
Jacques Vergier
1-2. Dépenses

1548-1549 (CC5/2)

1542-1543 (CC5/1)

Le montant des dépenses est de 730 livres 12 sols et 1 denier ; et le solde de 80 livres, 10 sols et 11 deniers (ce qui conduit au total annoncé au paragraphe précédent).

Notons à ce propos une certaine ambiguïté, valables pour tous les comptes : les 80 livres de solde sont réputées dues par le maître-bourgeois :

... ledit maistre bourgeois est demeurez à debvoir de reste, pour plus avoir receu que missionner, le pris et somme de quatre vingt libvres dix solz unze deniers...

Cette présentation comptable laisse penser que le maître bourgeois détient (matériellement) le compte de la ville.

Mais cette interprétation est contradictoire avec la formulation de la plupart des dépenses (les autres étant des reprises débutant par item delivrer) :

Quiert ledict maistre bourgeois luy estre passéez treze libvres deulx solz six deniers qu'il a delivrer à ...

On peut donc penser que, pour des raisons pratiques, le "trésor" de la ville est à la garde du maître bourgeois (qui en fait une gestion séparée ou non de ses propres biens), et que, pour respecter les formes d'usage, une demande de principe au conseil est inscrite aux comptes, pour chaque dépense.

Le montant des dépenses (missions), tel qu'il figure sur la dernière page du cahier, est de 556 livres, 3 sols et 6 deniers.

Comme pour l'autre compte, le solde est dû par le maître bourgeois :

Par ainssy restet et demeure ledit mre bourgeois à la ville,
pour plus avoir receu que missionés, pour ce deux cens
trente six livres six sols six deniers balois, comtés et
passés par maistre bourgeois et conseil, mesmes la plus grant et
s... parties de la commune etc. l'an mil cinq centz
quarante et trois.

Nous n'avons pas trouvé, pour l'instant, d'acte signalant le remboursement par un maître bourgeois à la ville d'une dette de cette nature (ou inversement).

Il est clair qu'on est loin d'une comptabilité structurée.

 

Nous avons réparti les dépenses en 7 catégories :

  • prestations : paiements à des artisans ou tâcherons indépendants,
  • achats de fournitures diverses pour la ville,
  • salaires ou gages annuels des notables ou serviteurs de la ville (clerc, banvards, portiers), et leurs gratifications occasionnelles,
  • dépenses de bouche par les membres du conseil et leurs invités, lors de réunions "de travail" ou de fête,
  • voyages et messagers : paiement des frais et gratifications des belfortains se déplaçant pour la ville, et de quelques étrangers à la ville que celle-ci estime mériter récompense,
  • censes féodales ou rentes dues par la ville,
  • divers.

Les catégories "prestations" et "achats" sont les plus importantes, ce qui correspond aux nombreux travaux entrepris par la ville ; cf. le paragraphe Actions notables de la ville / CC5/2.

Voir ci-dessous pour les "salaires et gratifications".

 

Dans ce compte, la catégorie "voyages et messagers" occupe une place conséquente. Nous verrons dans le paragraphe Actions notables de la ville / CC5/1 les événements qui peuvent l'expliquer.

Les "prestations" et "achats" occupent une part plus modeste. Peu de travaux importants au cours de cette période.

Voir ci-dessous pour les "salaires et gratifications".

La catégorie "dépenses de bouche" est encore moins transparente que dans les comptes postérieurs, en dehors du repas inaugural du conseil (35 livres). Il s'agit en général de dépenses rédigées de la manière suivante :

Item despendu par maistre bourgeois, conseil et (...) après estre esté (...)

L'objet de la dépense n'est pas clairement exprimé ; nous l'avons logiquement assimilée à celles, plus explicites, des comptes ultérieurs, où des repas étaient pris par les mêmes types de personnes, dans des circonstances comparables. Les montants sont aussi plus mesurés : elles ne dépassent 2 livres qu'à 3 reprises.

Les "dépenses de bouche" sont particulièrement importantes dans ce compte. Les "ordres du jour" de ces "repas de travail" ne sont pas toujours très explicites, mais les mêmes affaires qui ont conduit aux divers voyages ont aussi nécessité de nombreuses discussions pendant lesquelles "messieurs" ont dû se sustenter... On a compté 46 de ces événements, lors desquels la dépense moyenne est de 2 livres et 7 sols. Leur grand nombre est aussi un reflet des actions de la ville

Trois repas dépassent largement cette moyenne :
Le repas "inaugural", de 15 livres 11 sols, et surtout 2 repas de plus de 20 livres, à la fin du 3ème trimestre 1542 : le second lors de la restitution des comptes (de l'an précédent), et le premier réunissant toutes les personnalités locales, dont "la grâce de Monsieur", et des représentants de la Régence, à l'occasion de la passassion de serments.

Les censes dues par la ville sont d'un montant modeste, sauf la première :

  • 25 L. à la femme d'Heinrich Bernhardt d'Ensisheim,
  • 46 s. au sr. Thiebauld de Sulzbach, pour la cense de l'étuve,
  • 30 s. pour une rente en cire due par la ville à "Monsieur", c'est à dire au seigneur engagiste, "sus Salleberg" ; il s'agit probablement d'une contrepartie de l'usage du bois du Salbert accordé par les franchises de la ville. Comme toutes les rentes féodales, la valeur (fixe en monnaie de compte) de celle-ci s'est considérablement amoindrie au fil des années,
  • quatre petites censes, comprises entre 2 et 9 sols, dues à messire Henry Prevost, chapelain (pour la toise de la maison de la ville, et pour deux chesaux), au gouverneur du couvent Saint-Nicolas, à Messieurs du Chapitre (pour un chesal), et à un prêtre de "Saint-Antoine des Bois".

La grosse cense de 25 livres n'apparaît pas dans ce compte. Idem pour celle de 46 sols pour l'étuve. Il s'agit donc probablement de dettes contractées entre 1543  et 1548.

Les 30 sols de cire dues à Monsieur sont bien versées, alors qu'on trouve deux versements de 23 sols pour les grandes et petites toises des maisons de la ville, dues au chapelain de Montreux.

 

 

Au chapitre divers, nous trouvons les paiements concernant :

  • des prières pour les seigneurs et dames qui ont donné les franchises à la ville (1),
  • des gratifications diverses, souvent en vin, à des envoyés ou des visiteurs,
  • des récompenses à des hommes ayant tué des loups (5 sols pour un loup, 4 sols pour un louvet...)
  • mention particulière pour un remboursement de dépenses faites à l'occasion d'un feu déclaré dans la ville lors du précédent exercice et non comptées par le précédent maître bourgeois.

Nous avons rangé dans ce chapitre des dépenses du même type que ci-contre.

S'y ajoute une dépense de nature inhabituelle : un cadeau de deux écus d'or à Monsr. Frantz (cf. Les seigneurs engagistes) lors du baptême d'un enfant.

On a également inscrit dans ce chapitre une dépense relative à un événement particulier, sur lequel nous reviendrons plus loin.

 

Les salaires et gages annuels, non comprises les gratifications occasionnelles :

1548-1549 (CC5/2) 1542-1543 (CC5/1)

Versés en début d'année :

maître bourgeois de l'année précédente Martin Kolb 10 L.
clerc de la ville Christophe Besançon 6 L.
maître du commun Servois Keller 6 L.

Versés en fin d'année :

procureur de la ville (voir aussi 1086) dr. Nicolas, d'Ensisheim 13 L. 2 s. 6 d.
portier de la porte devant Guillaume Hesco 11 L.
portier de la porte de la halle Johannes Prevost 10 L.
banvard Antoine Roy 10 L.
banvard Wuillemat 10 L.
chanoines et chapelains de la chapelle St Sébastien, pour les messes   4 L. 5 s.

On note que les émoluments des notables ne sont pas supérieurs à ceux des serviteurs ; mais il faut rappeler que les premiers ont d'autres sources de revenus, et que le salaire n'est pas le seul avantage de la charge.

 

 

Le versement de ces émoluments n'est pas daté, et la période de référence pas toujours indiquée.

receveur de Monsr.   40 L.
héritiers du maître bourgeois décédé lors du précédent exercice (feu) Jean Rappier 15 L.
maître bourgeois ayant remplacé le précédent Jean Vergier 5 L.
maître du commun du précédent exercice Henry Amyat 5 L.
clerc de la ville Nicolas Coley 6 L.
la "bonne femme" de l'année précédente   8 s.
la "bonne femme" de la présente année   16 s.
bergers de l'an précédent, pour leurs vêtements Jean Hambert / Antoine Lombart 30 s.
portier de la grand porte Antoine Roy 12 L.
portier de la porte dessus (= de la Halle) Jean Rainetz 8 L.
banvard Vuillemin Roy 10 L.
banvard Perrin Estroitat 10 L.
fontainier Nicolas Debrosseux 9 L. 6 d.
(fontainier) Jean Joly 12 L.
2 visiteurs du feu   2 L.
chanoines et chapelains de la chapelle St Sébastien, pour les messes (7)   4 L. 5 s.

 

2. Les seigneurs engagistes

De 1450 à 1563, la seigneurie de Belfort, ainsi que celles de Delle, Rosemont, Angeot et Issenheim, sont engagées par la famille de Habsbourg aux barons de Morimont.

Certains actes de compte faisant apparaître ces seigneurs engagistes (particulièrement dans le CC5/1), il nous paraît utile d'apporter quelques précisions à leur sujet.

Les prérogatives des titulaires de cet engagement sont à la fois financières et administratives. Elles ont fait l'objet de litiges avec les bourgeois de Belfort, qui ont parfois pu profiter de la bienveillance de l'empereur.

Toujours est-il que le seigneur engagiste exerce un pouvoir direct et proche (il réside souvent à Belfort) sur la ville et la terre.

Le premier d'entre eux est Pierre (Petermann von Mörsperg), en 1450. Son fils Gaspard lui succède vers 1476. Gaspard s'est marié 3 fois et a eu plusieurs fils. Il décède en 1511, et ses droits semblent avoir été partagés entre deux de ses fils, Jean (†1528) et Jean-Jacques I (†1533). Jean administre Belfort jusqu'à son décès.

Les comptes que nous étudions ici correspondent donc à la quatrième génération des engagistes ; ce sera d'ailleurs la dernière, car les Habsbourg rachèteront leurs seigneuries en 1563.

Qui, dans les années 1540-1550, sont précisément les seigneurs engagistes à Belfort ?

Généalogie simplifiée des Morimont de Belfort
Portrait de Jean-Jacques I de Morimont et Belfort,
copie ancienne d’après l’œuvre de Hans Baldung au
Staatsmuseum de Stuttgart (1525).
Collection du musée d'art et d'Histoire de Belfort
Acquis par la S.B.E grâce au concours de Jules Bornèque et à l'intervention de M. Péquignot.
Le baron Jean-Jacques Ier de Morimont (vers 1479 – vers 1533) est un administrateur impérial de Belfort, ayant participé personnellement au rétablissement de l’ordre, à l’issue de la Guerre des Paysans. Il rentre en possession de la seigneurie de Belfort en 1528, lorsque son frère Jean (Hans) de Morimont décède.
Celui-ci avait vraisemblablement accueilli le peintre Mathis Grunewald en 1523-1524.
Ce tableau est une copie ancienne de l’œuvre de Hans Baldung Grien réalisée en 1525. Ce modèle a été anciennement attribué à Hans Holbein le Jeune.
(notice du Service Musées - Mairie de Belfort)

Dans son Dictionnaire biographique du Territoire de Belfort, la SBE indique que Jean-Jacques I entre en possession de la seigneurie de Belfort en 1528, à la mort de son frère, et ne mentionne à sa suite que son fils Jean-Jacques comme engagiste.

Dans nos comptes, les Morimont apparaissent de trois manières :

- soit (uniquement dans les CC5/3 et 4) par leur nom complet : Henry de Morimont (ne réside pas à Belfort, une occurrence), et Frantz / François de Morimont (4 fois, en 1553 et 1555),
- soit par un simple prénom : Monsr. Frantz, Frances ou plus tard François,
- soit seulement par la civilité "sa grâce Monsr.", ou plutôt "la grâce de Monsr." (5 actes).

Le seul nommément désigné est donc Frantz / François de Morimont.

• François de Morimont

Il apparaît particulièrement en 1543, à l'occasion du baptême d'un enfant. Son épouse est alors probablement Barbe de Ferrette.
Plus tard, en 1555 (CC5/4), il obtient des excuses des bourgeois, en relation avec un remariage :

Item bailler à Thevenin LaVilliere messaigier pour la part de la ville de ses pennes, journées et sallaires d'estre estez porter lesdites lettres audit sr. François de Morimont jusques au lieu là où ses nopces sont estez faictes affin de faire les excuses envers luy tant desdits srs. de Chappitre que de messrs. les bourgeois ... 18 s.

À cette époque, il paraît bien avoir un pôle d'activités en dehors de Belfort. Il est cependant encore bien attaché à la ville, où il possède toujours une maison.

Les informations le concernant, dans les archives ou les ouvrages, sont assez disparates ; les AD 68 conservent plusieurs lettres dont il est l'auteur, dont une de 1534 (108J 16/29) où il réclame la saisie des revenus des seigneuries dont sa famille est engagiste jusqu'à ce que soit payée à lui, à son frère et à sa sœur, la somme de 10 945 florins que Jean-Jacques (I) de Morimont s'était engagé en 1533 à leur verser, et jusqu'à ce que leur soient restitués leurs revenus dans la seigneurie de Belfort dont le cousin (Jean-Jacques II) s'était emparé indûment.

Une source concernant la famille de Niedbrück mentionne le mariage, au 10 août 1554, à Hornberg (Bade-Würtemberg), de Juliana von Niedbrück avec Freiherr Franz Friedrich von Mörsperg und Beffort (le baron François Frédéric de Morimont et Belfort), de même qu'une vente d'immeuble à Metz en 1562 par la même Juliana.
La SBE indique seulement qu'il est "bailli wurtembergeois de la Forêt-Noire".

Il apparaît donc que François, qu'il ait ou non recouvré des revenus seigneuriaux, n'exerce pas de rôle officiel à Belfort, le gouvernement de la seigneurie étant passé de son père à son oncle, qui l'a dédommagé par la somme de 10945 florins alors qu'il la transmettait à son propre fils.
La désignation "Monsr." ne concerne François que quand est mentionné le prénom Frantz (5), et, sinon (en général précédé de "la grâce de"), désigne Jean-Jacques, qui est seul à la tête de la seigneurie.

• Jean-Jacques II de Morimont

Voir ci-après et dans l'article FF1/7 les affaires opposant "sa grâce" et la ville.

À noter que dans les textes originaux de cette époque, les Morimont (lorsque leur nom apparaît), que ce soit Frantz ou Jean-Jacques sont désignés par "baron de Morimont et Belfort" : Fryherr zu Mörsperg und Beffort.

3. Actions notables de la ville

En détaillant les actions entreprises par le conseil de la ville, telles qu'elles apparaissent, successivement, dans le CC5/2 et le CC5/1 (souvent à travers les justificatifs de dépenses de bouche), nous tentons de découvrir ce qui a dominé les préoccupations du moment, au niveau du "gouvernement" de la ville.

En 1548-1549, une situation plutôt calme permet aux bourgeois de consacrer de l'argent, et du temps, à des travaux d'une certaine ampleur dans la ville.
6 ans plus tôt, même si la situation extérieure n'est pas vraiment menaçante, comme on l'a écrit plus haut, les comptes laissent transparaître le conflit entre la ville et le seigneur engagiste. Les bourgeois consacreront du temps, et de nombreuses démarches, à essayer de conserver ce qui est vu comme le trésor de la ville : ses franchises.

3-1. CC5/2, travaux urbains

L'essentiel des actions entreprises par la ville est relatif à des constructions ou réparations de biens communaux. Les travaux à la clef peuvent donner lieu à deux types de rémunération des "prestataires" :

  • travaux réalisés par une main d’œuvre non spécialisée, rétribuée à la tâche ; ils constituent la grande majorité. Certains de ces travaux peuvent être réalisés dans le cadre des corvées dues par tous les habitants à la ville, en vertu des privilèges que lui confère ses franchises. Dans ce cas, il leur est souvent attribué une gratification sous forme d'une pinte de vin...
  • les travaux les plus importants, relevant de projets nécessitant de faire appel à des artisans plus spécialisés, avec lesquels un marché (marchandie) est passé (plaidé), passassions suivies souvent, en faveur des parties qui l'ont conclue, d'une petite collation, nécessitant une dépense ("de bouche") ; comme aucune avance n'est remise à l'artisan, c'est seulement grâce à cet usage que nous pouvons en trouver la trace dans les archives... Les artisans sont parfois non belfortains, comme ce Jehan Grostgirardt, dit de "Bache". Dans la réalisation des travaux, ces "maîtres" font appel aux tâcherons du point précédent.

Travaux sur les fontaines

Les travaux sur les fontaines sont une constante dans les comptes communaux, de sorte qu'un chapitre spécifique leur est consacré. En plus de la main d’œuvre habituelle peu spécialisée (travaux de terrassement pour l'essentiel), il est fait appel à un fontainier, en l'occurrence Jean Joly (que l'on retrouve dans le CC5/1), pour un des quarts d'an.

La tuyauterie métallique ou en terre cuite paraît inusitée à Belfort au XVIème siècle. Les conduites destinées à mener l'eau, partant d'une source indéterminée (la rivière, l'étang de Raitenans ?), dans les fontaines de la ville où les habitants s'approvisionnent, sont en bois, et toujours appelées cors.

Une des activités les plus délicates consiste à évider des rondins rectilignes de bois (les parsser ou les pertuiser) pour en faire ces cors de fontaine : on utilise pour cela une sorte de tarière appelé environ, ou cuillié lorsqu'elle est en forme de gouge. On peut trouver ici une illustration plausible de l'objet, et un bel exemple de reconstitution du travail de fabrication des cors.

Tarière en forme de gouge, utilisée ici par un charron ; celle des fontainiers avait un manche beaucoup plus long (Amman, Jost, der Wagner, via Wikipedia Commons)
Item delivrer à deulx bourgoingnons pour
leurs pennes et sallaires d'avoir par iceulx
parsser neufz vingt et douze cors que
assieger, assavoir pour chacun cors ung
solz huit deniers, par l'ordonnances de messieurs
que font :: 15 livres

Une loge (louge) est consacrée aux cors de fontaine (la louge des cors), et servait probablement à abriter les artisans chargés de leur perçage.

Une sorte de ciseau à bois appelé escharpe est également en usage.

Une fois évidés, les cors doivent être installés, après terrassements, et raccordés entre eux. Pour cela, il était utilisé des cercles métalliques, sorte de viroles appelés vierres ou vires ; ils pouvait être nécessaire de les renforcer d'un autre cercle métallique, du même type que ceux utilisés pour les tonneaux, désigné par le terme soicle ou soigle.
Il est souvent utile de descouvrir les cors pour les réparer ou remplacer.

Au total, les achats de matériels et les dépenses de main d’œuvre consacrés aux fontaines se montent à environ 105 livres, soit 22% du total des postes "prestations" et "achats".

Travaux sur les murailles

Des travaux sur les murailles (à la charge de la ville, et non de la seigneurie, qui ne s'occupe que du château) transparaissent dans plus de 30 articles de dépenses. Ils sont répartis ici dans au moins deux groupes spécifiques, rarement datés, et il est difficile de déterminer de combien de chantiers il s'agit, et encore plus de les situer.

Le premier groupe d'articles, bien que non daté, apparaît dans une chronologie située en août-septembre 1548.
Dans le premier d'entre eux, des tâcherons sont payés pour tirer les quartiers pour reffaire les murailles de la ville (30 sols) ; dans le second, le conseil et autres de la commune s'accordent une petite gratification (cf. dépenses de bouche) après avoir mesuré les quartiers de quoy l'on a reffaict les muralles de la ville qu'estoient tombez.

Il est probable que l'un des marchés passés avec l'artisan que l'on retrouve chargé ci-après des travaux de construction en cette période, Moingin Fringans, soit celui qui apparaît dans un article (p. 39), pas très explicite :

Item despendu par mre bourgeois et conseil, ensemble d'aulcungs de la commune que (comme) Moingin, après avoir (avoir) plaidier aulcune quantitez de toises en fousseez de la ville, assavoir de quartier...

Aussitôt après, d'ailleurs, il est question (pour 4 livres et 13 sols) de 5 tâcherons ayant fait les fondemens des murailles de la ville.

Il s'ensuit une quinzaine d'articles portant sur l'acheminement de quartiers de pierres par divers tâcherons. De même, il est attribué 2 livres et 15 sols à Jean De Perdieu pour avoir amené 54 charrées de sables depuis le point d'Offemont pour la neufve murailles.

Plus tard (on se situe à la fin septembre), les travaux achevés, le maçon Moingin Fringans est payé 21 livres :

... pour avoir faict par icelluy quatre toises et deux piedt de murailles de cartier derrier la maison Thiebault Ruffach et celle du Conduict (3), assavoir pour chacune toise cinq libvres et chacun piedt dix solz mesurées par messieurs du conseil ...

Mais la totalité de la facture n'est pas soldée, car, à la fin du chapitre des dépenses ordinaires (page 71), on retrouve un paiement au même Moingin Fringans, sur la marchandie que [Messieurs] luy ont plaider à faire, assavoir de fondez les muralles de la ville de cartiers : 32 livres.

On ne sait de combien de sections de muraille on été reconstruites dans ce premier groupe d'articles : les murailles qu'estoient tombez, la neufve muraille du fossez, la muraille derrière la maison du conduit...

Le second groupe d'articles, cette fois en fin de période, se rapporte nettement à un autre chantier ; il débute en effet par une passassion de marché, cette fois datée du 2 juin 1549 :

... pour des dépenses faite par le conseil que (comme) par Jehan Grostgirardt de Bache que aussi Girardat, après leur avoir plaider à haulsser les murailles de la ville.

Il ne s'agit plus ici de construire ou restaurer une muraille mais d'en rehausser une. Il s'ensuit trois articles liés avec certitude à ce marché :

  • acheminement de quartiers de pierre (3 articles à la page 66),
  • acheminements de beuliers (2) pour haulsser les murailles de la ville,
  • réalisation des travaux par lesdits artisans Grostgirardt et Girardat, missionnés sus la marchandie qu'ils ont faict avec Messieurs de haulsser les murailles de la ville (page 72)

Vers la fin du chapitre "dépenses ordinaires", un dernier groupe d'articles de dépenses consacrées aux murailles "neuves" apparaît, sans qu'ils soit possible de savoir s'il s'agit d'un nouveau chantier, ou de paiements différés des premiers :

  • acheminement de sable (pages 73 et 74),
  • acheminement de pierres (pages 73 et 75).

Dans le 3ème de ces articles, une précision pourrait avoir son importance : les pierres sont amenées jeusques près la neufve muralles du(dict) fousséez. Elle rejoint le marché passé à la page 39 du premier groupe.

Pour le tout, ces travaux ont coûté à la ville 113 livres, soit 23% du total des postes "prestations" et "achats".

Réfection de la voûte de la tour neuve

Il s'agit cette fois d'un chantier encore plus technique nécessitant l'appel à plusieurs artisans spécialisés : on retrouvera Grosgirardt, mais surtout un maçon probablement non belfortain : Jean le Masson. Le chantier nécessitera aussi l'intervention d'un charpentier.

Il révèle la construction d'une tour sur les fortifications de la ville, en l'an 1548. Il serait particulièrement intéressant d'en identifier la position...

Un premier ensemble de dépenses concerne l'acheminement de divers matériels et matériaux près de la tour neuve. Le premier d'entre eux (page 32, juillet 1548) décrit clairement le projet :

Quiert encoires luy estre passeez six solz qu'il a delivrer à Rappier de Vezellois d'avoir par icelluy admener six charrez de pandans dez la pierriere sus le vyeulx bourg jeusques pres la neufve tour pour reffere la voste, pour ce icy :: 6 s

Les pendants sont des "claveaux de pierre en forme de portion de couronne, employés pour la construction d'une voûte" (4). La pierriere sus le vyeulx bourg est une carrière de pierre au dessus d'un ancien quartier d'habitation (le Vieux Bourg) que les historiens situent au nord et dans le prolongement du château.

Il s'ensuivra la livraison de matériaux courants : sable (jeusques près la neufve tour, p. 37), lavons (planches, pour faire les sintre de la neufve tour, p. 39), pierres (jeusques près la neufve tour, p. 40).
D'autres sont moins attendus :
... dix neufz bechie d'huille pour parfaire le symandt de la neufve tour (août 1548, p. 35)
... achet d'oeufffz (œufs) pour faire le symandt de la neufve tour, puis de deulx quartes de palles (paille ?) de fer (août 1548, p. 38).
Ces divers ingrédients étaient ajoutés à la chaux pour améliorer le liant et la solidité du ciment.

Certains enfin sont moins faciles à identifier :
... des beullies pour faire les crannez de la neufve tour (juillet 1548, p. 31) : les beullies sont probablement des pièces de bois utilisées pour les échafaudages, et les crannez des sortes de grues, des appareils servant à soulever les fardeaux.
... des crosses au chesal de la Grande Jehanne, près la neufve tour (même page) ; le sens du mot crosse dans cette occurrence n'est pas clair.

Viennent ensuite les constructions :
... à Perrin Dormois pour six journées qu'il ont faict luy et son serviteur assavoir quatre journées en faissant les sintre (cintres) de la neufve tour ... 24 sols (août 1548, p. 37)

Cintre pour la construction d'une voûte (Mossot, via Wikipedia, licence Creative Commons)

En septembre, un article porte sur l'ensemble des travaux de la neufve tour (p. 43) :

Quiert ledict mre bourgeois luy estre
passéez douze libvres qu'il a delivrer à
Mre Jehan le Masson. C'est assavoir pour
avoir parachever et faicts la neufve tour
oultre et par dessus vingt et trois libvres que
le precedans mre bourgeois luy avoit delivrer ;
pour ce icy :: 12 libvres.
Et l'article suivant ajoute :
Quiert encoires luy estre passéez cinq
libvres qu'il a delivrer audict Mre Jehan
d'avoir par icelluy faicts deulx portes en ladicte
neufve tour que aussi d'avoir relevez la
vostes de ladicte tour qu'estoit desfocher
par le feug, non comprins ceste somme
aux douze libvres precedantes ; pour ce icy :: 5 libvres

On sait à présent que le marché pour cette construction a été passé lors de la précédente année de compte (non conservé) ; on en connaît le principal artisan, et la somme totale qui lui a été versée (40 livres).
On apprend également, même si le sens du verbe desfocher nous échappe, que la partie sommitale de la tour, voûtée, avait été détruite par le feu.

Une dernière étape de construction : (... achat de) un cent et demi de tielles pour couvrir les kranneaulx de ladicte tour (6 sols)

Par ailleurs, vers avril ou mai 1549, un artisan déjà rencontré sur le chantier des murailles, Jean Grostgirardt, percevra 3 livres et 15 sols pour avoir par icelluy refferu la neufve tout près le chesal la Grandt Jehanne (p. 65).

Un élément qui pourrait être pertinent dans ces articles est que la "neuve tour" est localisée avec précision : à côté du "chesal de la Grande Jeanne" (un chesal est un emplacement de maison, ou éventuellement une maison ruinée). Sauf que, bien entendu, on ignore tout de la position de ce chesal...
En tout état de cause, vers novembre, un homme de Chalonvillars est rétribué pour vider la partie du chesal de la Grandt Jehanne qu'est à la ville (p 50). Il n'est pas interdit de penser qu'on lui a demandé de débarrasser les gravats restant de la  reconstruction de la tour neuve.

Fabrication de chaux au chaufour ès Costes

Si on se fie au nombre d'articles de dépense que y sont consacrés, il semble que les activités autour du chaufour (four à chaux) situé "ès Costes", aient été supérieures à la moyenne. Peut-être en lien avec les travaux ci-dessus d'ailleurs.

Rappelons à cette occasion qu'un four à chaux traditionnel est une construction plus ou moins enterrée, constituée d'un foyer que l'on surmonte d'un amoncellement de pierres calcaires. Un feu était entretenu à haute température (1000°C) dans le foyer pendant plusieurs jours, afin de transformer le carbonate de calcium constituant les pierres calcaires en chaux vive (oxyde de calcium), que l'on "éteignait" ensuite en l'arrosant d'eau. La chaux (éteinte) ainsi obtenue pouvait servir à fabriquer un ciment.

Il est d'abord mentionné (p. 26) que la ville a racheté des lavons à un intermédiaire qui les avait achetés de ceulx que firent le chaulffourc ès Costes.

2 actes plus loin, il est question de trente et une personnes, tant charretton que aultres, qui sont allées ès Costes vers le chaulffourq couper du bois, à qui on a délivré chacun une pinte de vin, qui n'avait pas été payées par le précédent maître bourgeois.
Il s'est donc agi, lors de la précédente année de compte, de faire approvisionner le four à chaux en bois coupé à proximité (une grande quantité était nécessaire pour entretenir une température élevée).

Un article de la page 28 :

Quiert ledict mre bourgeois luy estre
passéez la somme de quarrente une libvres
trois solz neufz deniers qu'il a delivrer à
Me Jehan et à Mre Guillaume pour achet de
chaulx oultre et par dessus les cinquante
livres que le precedans mre bourgeois
luy avoit prester (...)

Il est donc confirmé que les chaufourniers Jean et Guillaume ont terminé leur travail à ce stade. La quantité produite est importante : elle a été payée 91 livres ; son volume est mesuré 2 articles plus loin, et précisé juste après : 237 bichots et neuf quartes ; qui sont transportées par plusieurs bourgeois ou habitants oultre et par dessus les courvées, rémunérés 11 livres 17 sols et 9 deniers, ce qui correspond à 1 sol le bichot. Un peu plus loin (p. 30), on rétribue deux hommes qui ont chargé la chaux, on donne du vin à ceux qui ont charrié la chaux dans le cadre de leurs corvées (), on paie le maître du commun qui a aidé à décharger et mesurer la chaux. Enfin on paie deux hommes qui ont passé 5 jours à nettoyer les parties (?) du chauffour, et un chappuis (charpentier) qui a l'a recouvert.

À quelle quantité ces 237 bichots correspondent-ils ? Il est réellement impossible de le dire : toute estimation produite par un auteur est à la fois très incertaine, et très locale. On n'a pas le nombre de charrettes utilisées, mais on note, toujours à la page 28, qu'il faut 3 journées à un homme pour amonceler cette chaux au chesal "le Grand Louis". Il s'agit donc clairement d'une acquisition préparant des travaux de maçonnerie d'ampleur, même si la localisation de son entreposage ne permet pas de l'associer directement ni avec les murailles, ni avec la neuve tour.

Il semble bien par ailleurs que le four, nouvellement construit, d'après le premier article mentionné ci-dessus, est propriété de la ville, puisqu'on le nettoie et le recouvre à ses frais, et que seule l'opération (là encore technique) de cuisson est confiée à des artisans, bien rétribués. La chaux doit être de bonne qualité !

À noter que la quantité produite devait être un peu excessive car, au chapitre des recettes, comme on l'a vu au paragraphe 1-1, vers le mois d'août, la ville en revend environ 46 bichots.

Réfection du pont d'Offemont

En juillet 1548 (on y a décidément entrepris de nombreux chantiers), le conseil, s'attribue une petite collation après avoir marchander à reffaire le pondt d'Offemont ; cependant, aucun artisan n'est cité (p. 32).

Dans la foulée, deux articles évoquent l'acheminement de pierres jusqu'à ce pont, et le paiement à Moingin Fringans de 2 livres pour dix journéez qu'il a faict en faisant les pilles de pierres pour assieger (asseoir) le pondt d'Offemont.

Si les assises du pont sont en pierre, le pont devait être en bois, car, en août, c'est Nicolas le Chappuis qui reçoit 10 livres d'avoir par icelluy reffaict le pondt d'Offemont qu'estoit aller le contreva de l'eaue, et  que l'on dépensa 3 livres tant pour ceulx que ce misrent en l'eaue en levant ledict pondt d'Offemont que pour aultres que l'on donna des pintes de vin.

Pont levis à la porte de la halle

Au cours de cette année de compte, des travaux sont entrepris concernant un pont levis (pondt leveulx) à la porte de la halle, sans qu'il soit vraiment possible d'en estimer l'ampleur.

Vers novembre 1348, un article de compte indique simplement que Perrin Dormois (menuisier charpentier qui est fréquemment employé par la ville en ce milieu du XVIème siècle) et son compagnon Nicolas Chappuis reçoivent 2 livres et 10 sols pour avoir par iceulx faicts un pondt leveulx à la porte de la halle alors que le marché avait été plaidé par Messieurs.
On peut s'étonner de la faiblesse de la rémunération s'il s'agit de la construction complète d'un pont levis, matériaux compris. Une simple réparation paraît plus probable.
Il est, juste après, attribué 19 sols à divers particuliers, donc le maître du commun, qui ont ayder à levez ledict pondt.

Un article, bien que postérieur, attribue 30 sols à Pierre Vernier pour avoir ferrez "ung neufz" pondt leveulx à la porte de la halle. On n'imagine guère qu'il s'agisse d'un autre ouvrage que celui dont il avait été question.

Il est évident que les travaux sur les ponts levis (ou autres), sont monnaie courante dans les comptes anciens ; dans celui-ci, on évoque plusieurs fois des remplacements de pièces de bois (lavons, filières...), ou de métal.

Réfection de diverses constructions communales

Mentionnons simplement, afin de ne pas alourdir le texte :

  • la réfection la tuilerie neuve "qui était tombée par terre" (3 articles)
  • celle du pont de la grand porte (1 article)
  • la réparation du grand poêle (6 articles)
  • des travaux sur la boucherie (2 articles)
  • sur la loge des cors (3 articles)


Quant aux "affaires", fortement présentes dans le compte CC5/1, elles se limitent ici à des litiges de droit de pâturage avec des communautés voisines (Offemont, Valdoie...).

3-2. CC5/1, affaires

Contrairement à l'exercice 1548-1549, celui-ci (1542-1543) ne fait pas apparaître des travaux de grande ampleur, par leur coût ou par leur durée.
On note évidemment les travaux récurrents sur les ponts, les murs, les bâtiments communaux, et surtout le système d'adduction d'eau, à savoir les cors et les fontaines, mais rien de remarquable comme dans le compte CC5/2.
Les "repas de travail" des bourgeois sont d'avantage consacrés à discuter des questions juridiques qu'à des passassions de marché avec les artisans.

Il apparaît par contre que beaucoup de temps, d'efforts et même d'argent ont été consacrés à des affaires de nature juridique. Beaucoup d'articles de compte mentionnent le seigneur engagiste, désigné seulement par la civilité "la grâce de Monsr.". Cf. les seigneurs engagistes.

On le sait, ces comptes communaux n'offrent qu'un accès indirect aux activités de la ville ; l'évocation de ces activités n'étant qu'une justification de la dépense.
Néanmoins, lorsque plusieurs actes recoupent des sujets convergents, il est possible d'avancer des hypothèses sur des questions ayant occupé le conseil des bourgeois de manière conséquente.

1) AFFAIRE(S) IMPLIQUANT LA VILLE, LE SEIGNEUR ENGAGISTE ET LA RÉGENCE

Une vingtaine d'actes impliquent ces trois acteurs, ou sont en relation avec un acte les impliquant. Tous ne sont pas très explicites, aucun ne révèle la situation de fond, et tous ne sont pas datés, ni forcément chronologiques.article_new-40.html

Courriers entre la régence d'Innsbruck et les bourgeois

Deux échanges de courrier (au moins) entre la régence d'Innsbruck et la ville apparaissent au travers de 5 dépenses, en 1542.

Au point de vue culturel, il transparaît dans ces actes que nul à Belfort n'est en mesure de traduire correctement un courrier de l'allemand au français, et vice-versa.

Un premier courrier est appelé depertement ; ce terme signifie "partage" ; nous l'interprétons au sens d'arbitrage juridique ; cette pièce est accompagnée (ou se confond) avec une autre, reçue au même moment, appelée abscheide ou scheid ; ce terme est spécifique aux diètes d'Empire ou aux assemblées des puissances d'Empire et se traduit en français par "recès" (procès-verbal). Ces courriers sont reçus durant l'été 1542 et apportés pour traduction au châtelain de St-Ursanne :

6 août 1542, paiement à Jean Haye de 4 journées à St-Ursanne par deux fois pour faire traduire le depertement d’Innsbruck par le châtelain d'ilec :

Item ballé à Jehan Haye le dymenche devant la
St Lorent, pour quatre journés qu'il est estés à Ste
Ursanne per deux fois, pour faire transslatés le
depertement d'Inspruck par le chastillain d'ilec, pour ce (21 s. 10 d.)
Le terme dépertement nous permet d'identifier sans grande hésitation le document en question comme l'original d'une pièce, dont la traduction est conservée aux AMB sous la cote FF1/7, et qui fait l'objet de notre article FF1/7.

14 août, paiement à un messager de Porrentruy qui a rapporté le double de l'abscheide au châtelain de St-Ursanne ; début septembre, paiement au châtelain de la traduction du scheid de l'allemand au vallon (8).

Un courrier plus tardif n'a peut-être pas un rapport direct avec les questions impliquant la ville et le seigneur ; tout au moins peut-on noter qu'il vient aussi de la Régence d'Innsbruck, qu'il a été transmis aux bourgeois par "la grâce de Monsr.", et est cette fois porté pour traduction (ou conseil ?) à Héricourt.

27 novembre 1542, le maître-bourgeois est à Héricourt pour rompre et ouvryr ung mandement que la graice de Monsieur avoit envoyer èsdits bourgeois venant de par Messr. du regime d'Insspruck ; 12 décembre, les bourgeois sont réunis pour baillé repponce à la graice de Monsieur touchanpt ledit mandement d'Insspruck et mesmes touchanptz des belangers (il est probable que la question des boulangers soit indépendante du mandement : Innsbruck ne s'occupe pas de questions d'intendance).

Les serments

Une dizaine d'actes sont, directement ou non, en relation avec des serments (en fait, le dépertement l'est aussi).

Avant de les exposer, mentionnons au passage un acte entrant dans ce chapitre, et impossible à lier aux uns ou aux autres : il s'agit, le 29 août, d'une supplication (supplique) écrite sous l'égide du conseil et que l'on donnit à la graice de Monsieur.

Que sont donc ces serments ? Au sens général, dans le monde féodal, il s'agit de déclarations impliquant deux institutions, et établissant un compromis juridique entre elles.
Comme le confirme le document FF1/7, il est d'usage et coutume que le seigneur prête à la ville le serment ordinaire et accoutumé (...), après quoy ceux de la ville de Belfort luy prêteront respectivement le serment (...) comme cela se pratique d'ancienneté (FF1/7).
Le cadre qui nous occupe implique un seigneur et une communauté ayant reçu des franchises 2 siècles auparavant. Avec ici la particularité que le seigneur présent ne possède pas toutes les prérogatives seigneuriales, et qu'il a lui-même établi un contrat avec la puissance suzeraine en titre.

Venons-en aux articles de compte sur ce point :

2 juillet 1542, Martin Kolb (l'une des personnalités éminentes de la ville, sans doute germanophone) s'est rendu à Fribourg auprès le doctor, lors que messieurs d'Ensisheim devaient venir ici pour voir faire les serments et ne vinrent point.
3 septembre, le même Martin Kolb est rétribué pour être allé à Ensisheim pour avertir le doctor pour venir. À l'article suivant, c'est le nommé Grand Louis qui est allé à Ensisheim pour quérir le doctor et l'y avoir reconduit.
Et, non daté, mais très probablement contemporain, l'article le plus significatif :

Item baillé pour despens fait, le samedi, dymenche,
lundi et mardi, tant par la graice de monssr., son
conseilz, messr. d'Enguessey, le doctor, le conseilz et
la commune, tant sur le poille que en la maison
Jehan Haye lors que la graice de monssr. fitz le serment (pour ce :: 20 livres, 3 sols 4 deniers)

Il s'agit donc du serment prêté par le baron (Jean-Jacques II) de Morimont à l'adresse de la ville ; cette passassion est certainement un événement, auquel assistent les représentants de la Régence d'Ensisheim, et le doctor dont il avait été question dans les deux articles précédents. Celui-ci est assurément un juriste, docteur ès lois, que la ville a tenu à appeler pour s'assurer que le contenu du serment est conforme à ses attentes (et aux coutumes).

Ce dernier article précède de peu un acte daté du 5 octobre. Cette passassion de serment paraît donc pouvoir être daté du début de l'automne 1542.

Or, à la fin 1542 et au début 1543, il est à nouveau question de serments ! Mais cette fois il s'agit des anciens :

Décembre 1542, Jean Haye est rétribué pour avoir porté les serments des feus seigneurs de Belfort datant de 100 ans ou plus, jusqu'à présent.
9 décembre 1542, les bourgeois sont réunis pour chercher les serrements des feuz seigneurs de Belfort, et pour faire à doubler (faire un double) accung desdits serrement pour pourter à lieu d'Enguessey. Peu après, ils rétribuent un nommé Pierre Cormies pour avoir doublé et copié plusieurs lettres pour les affaires de la ville, dont les serments de feu les précédents seigneurs de Belfort.
Cette affaire d'anciens serments ne semble pas trouver dans cette archive une conclusion satisfaisante, car, le 3 janvier 1543, les bourgeois furent tout le jour par ensemble à sercher les serement de feu les seigneurs de Belfort, chastellain, prevost (?) etc., et aultres escriptures necessaire à la ville.

Il ne sera plus question de serments dans la suite de ce compte.
Il est toutefois possible de trouver, dans d'autres sources, certaines informations concernant les relations entre la ville et le seigneur de Morimont :

La SBE (9) mentionne que Jean-Jacques II a été confronté, en temps que seigneur engagiste, à un long procès contre les bourgeois de Belfort, ayant abouti à la réduction de ses prérogatives.

Outre le FF1/7, cité plus haut, les archives municipales conservent plusieurs documents (originaux ou copies) sur ces affaires, dont ceux cotés AA2/11 et 12 ; nous les évoquons également dans notre article FF1/7 :

AA2/11 et /12 : "Traité de Spire (1544) concernant le différend entre la ville et Messieurs de Morimont ; mandement impérial faisant défense de M. de Morimont de troubler la ville dans leurs franchises et privilèges (1544)" (copies).

L'affaire n'a donc pas connu de conclusion définitive en 1542 (et la présence du doctor n'a pas apporté les garanties espérées). Un examen des sources ci-dessus permettra peut-être d'en savoir un peu plus...

Pour conclure sur la question des serments, mentionnons qu'en 1554, c'est au tour des bourgeois de prêter serment auprès de leur seigneur. Voir l'article sur le compte CC5/3.

Une alerte

Ajoutons encore, pour en terminer avec les relations conflictuelles entre la ville et son seigneur, ce curieux acte, que nous transcrivons en intégralité :

Item ballé le samedi de la foire de Montbéliard lors que Messr. du conseilz furent advertis que accungs, tant des officiers que aultres des subiectz de Monsr. estoient sur les chemins, par quoy la commune fust appelés par ensemble du conseilz ; despenduz par ceulx que firent le gay tant par la ville que en la maison de la ville et pour chandelles ; pour ce :: 17 sols 8 deniers

Cet acte est difficilement datable (il ne nous a pas été possible de déterminer la date de la foire de Montbéliard dont il est question), mais la chronologie du compte le placerait en mars 1543. Il n'est pas non plus facile d'en dégager la signification précise, mais il nous semble comprendre qu'une alerte a été déclenchée alors que des hommes du seigneur sont "sur les chemins".
Les autorités municipales se mobilisent sur une information fournie par accungs ("aucuns", ie. certains), et non à la demande du seigneur. Les officiers et les hommes de celui-ci paraissent donc être vus comme une menace par la ville.
Ici encore, pas de suite à cet événement. Et rien dans la documentation ne signale des troubles armés entre le château et la ville.
Cette information semble cependant bien montrer que les relations n'étaient pas au beau fixe...

2) BRUITS DE GUERRE

L'activité ici évoquée n'a pas représenté une action majeure, ni durable, des bourgeois du conseil, mais nous la citons pour sa une portée historique.

Entre août et octobre 1542, les bourgeois se servent une collation à l'occasion de la désignation de soldats appelés à combattre dans les rangs de l'armée impériale :

Item baillé audit serviteur pour le disner des bourgeois lors que l'on esleut les gens pour allers en la guerres

L'article précédent celui-ci évoquait également des préparatifs militaires : il s'agit d'une dépense lors d'un dîner lors que la commune fust ensemble pour advertir ung chacun d'avoir ces (ses) harnois.
L'article suivant signale un événement de même nature : 13 sols au valet (du poêle) pour despens fait per la commune lors que l'on fitz les monstres (montres d'armes). Cette revue d'arme est certainement l'occasion de dresser un recensement, qui ne nous est malheureusement pas parvenu (voir cet article pour une montre de 1604, et cette archive pour une montre d'armes de 1580 dans la principauté de Montbéliard ; ici en particulier pour la communauté de Beaucourt ; et encore là une montre plus ancienne - 1507 - pour la seigneurie de L'Isle-sur-le-Doubs).

Les deux derniers articles cités évoquent plutôt des mesures de défense : il s'agit de préparer les habitants à protéger la ville en cas d'attaque extérieure (un harnois est la partie de l'armure couvrant le torse).

Au contraire, le contingent désigné par la ville dans le premier cité est appelé à servir dans les rangs de l'armée en campagne. Nous sommes à une période où les puissances espèrent encore pouvoir utiliser avec une certaine efficacité des non-professionnels recrutés dans les villes ou les campagnes pour servir d'hommes de troupe. Ceux-ci sont évidemment de peu de poids face à des troupes professionnelles aguerries, régulières ou mercenaires.

La "guerre" évoquée ici correspond plutôt à des préparatifs militaires contre des menaces de l'armée du roi de France, François Ier, alors engagé contre son "meilleur ennemi" Charles Quint dans un conflit au sujet de l’investiture du duché de Milan, et dont les troupes étaient présentes et menaçantes en Comté de Bourgogne et Lorraine.

Complétons cet article de deux dépenses faites pour les messagers, possiblement en août :

Nicolas Colley est rétribué pour avoir porté les élus de la guerre à Ensisheim selon les mandements de Messrs du Régime.
L'escripveurt de la ville perçoit 8 sols pour avoir fait un double du mandement de Messrs d'Ensisheim touchant à la guerre.

3) AFFAIRES JUDICIAIRES CONCERNANT DES PARTICULIERS

Ces questions judiciaires n'ont normalement pas à apparaître dans les comptes communaux.

Si c'est le cas ici, c'est que, dans les 3 premiers cas, la ville est intervenue auprès de la Régence, contre ou en la faveur d'un particulier.

Procès contre Claude Queller

Deux articles concernent l'affaire Claude Queller :
18 juillet 1542, la ville paye 6 sols "en la chancellerie" d'Ensisheim pour un ajournement (assignation) contre Claude Queller.
6 octobre 1542, lors du dîner de messieurs, Claude Queller fut mendez assavoir cy voulloit tenir lesdites ordonnances comme un des aultres cobourgeois (s'il voulait bien respecter les ordonnances comme les autres cobourgeois).

La ville est en conflit avec ce bourgeois, qui est soutenu par le seigneur. Voir encore notre article FF1/7 pour un éclairage complet sur cette question.

Les deux cas suivants inclinent à penser que les affaires juridiques où la ville s'opposent au seigneur, dont il est largement question dans FF1/7 n'ont pas cessé après le dépertement de l'été 1542.

Emprisonnement de Servois Chesnier

Cette fois, la position de la ville vis à vis d'un de ses habitants, qui a été emprisonné dans la prison de Monsr., est moins claire :

Début 1543, Servois Chesnier a été libéré de prison de Monsr. ; il a fait un serment, et la ville fait recopier ce serment.
Dans un acte du 2 février, en principe postérieur au précédent, les bourgeois sont réunis à l'occasion d'un souper lors qui firent requesté par trois fois Servois Chesnier envers la graice de Monsr.
On ne sait alors quelle est la situation de l'intéressé. S'il a été emprisonné au château, c'est qu'il a été condamné par le seigneur (la ville possède sa propre prison, la Chastre) ; mais le second acte ne permet pas de comprendre ce que souhaite la ville.

Emprisonnement de Nicolin Botans

La ville se porte cette fois clairement en soutien d'un particulier (dont aucune trace n'a été trouvée par ailleurs)

17 février 1543 : Nicolin Botans semble emprisonné à Belfort (mais on ne sait si c'est dans la prison de la ville ou celle du château). Quelques bourgeois s'y rendent pour le veoir et oyé examiner.
20 février : le conseil est réuni (lors d'un dîner) pour bailler la response aux officiers de la graice de Monssr touchant dudit Nicolin Botans.
2 mars : l'affaire Nicolin Botans est encore à l'ordre du jour d'un dîner des bourgeois.
3 mars : 2 bourgeois se rendent à Héricourt pour conseils devers Nicolin Botans à cause de ce qu'il estoit prisonnier. La préposition "devers" signifie en principe "auprès de". Mais il faut peut-être comprendre ici "au sujet de".
Dans l'acte suivant, deux autres bourgeois se rendent à Ensisheim pour la cause dudit Nicolin.
Quelques actes plus loin, les choses sont un peu plus explicites : Jean Haye et Martin Kolb, qui sont parmi les personnalités les plus éminentes de la ville, se rendent à Ensisheim pour advertir messieurs les régents de mettre ledit Nicolin hors de prison.

Même si les torts et le sort de Nicolin nous restent inconnus, il est clair que la ville s'est bien dépensée (et a dépensé) pour le faire libérer...

Affaire Jean Boucher Besançon

Cette dernière affaire est à la fois la moins claire, et sans doute la plus dramatique.

Le seul acte apportant une certitude est celui du 18 mars 1543, portant sur une dépense de bouche au souper des bourgeois et autres de la commune, réunis lors qu'il furent devant le chastel à cause de la haulte justice tenue contre Jehan Bouchier Besançon.

Les bourgeois se restaurent, mais le dénommé Jehan Bouchier Besançon vient probablement de connaître un triste sort. Le terme "haute justice" ne prête guère à ambiguïté : il s'agit très probablement d'une exécution capitale (même si d'autres peines, moins définitives, ne sont pas exclues), sentence prononcée, et appliquée, par le seigneur haut justicier.

L'identité de ce personnage pose question : il n'apparaît tel quel dans aucun autre acte ; le patronyme Besançon, très ancien, est courant dans le secteur ; il existe par ailleurs un individu appelé Jean Boucher, à qui a été confié certaines missions, comme, fin 1542, le transport à Ensisheim d'un paiement pour l'aide du Turc (impôt impérial pour la guerre contre les turcs, dont il est question dans l'introduction).
On peut noter que ce Jean Boucher n'apparaît plus après l'acte mentionnant la haute justice.
Ayant un surnom évocateur, il n'est pas impossible que le patronyme de Jehan Bouchier Besançon est été sous-entendu dans les autres actes, et qu'il s'identifie avec ce Jean Bouchier. Auquel cas, sa faute devait être grave, pour qu'il passe du statut d'homme de confiance à celui de condamné.

4. Individus relevés

Dans les crochets rouges (ex. [24]), correspondances d'individus entre les deux listes.

4-1. CC5/2
1   Claude   le maignin (chaudronnier)
2   Conrad    
3   Étienne   (le débrosseur)
4   Grost Vuillemin   a travaillé sur les fontaines
5   Guillaume   (Mre) chaufournier
6   Henriot Offemont  
7   Henry Mandrevillars  
8   Jacques   le blanchisseur
9   Jean   (Mre) chaufournier [4]
10   Jean   le retondeur
11   Jean Brévilliers (?)  
12   Jean Sermamagny boulanger
13   Jean / Johannes   le maçon [88 ?]
14   Moingin   [89 ?]
15   Mory   serviteur de Grenget
16   Natoire   serviteur de Jean HAYE
17   Nicolas   procureur de la ville de Belfort à Ensisheim
18   Thévenin   (peut-être Thévenin LA VIELLIERE [70], cf…) messager
19   Vuillemat / Wuillemat   banvard [peut-être Vuillemot REGNAULT, banvard en 1553-1554]
20 ADAM Jean    
21 AMYOT Henry   amodiataire d’un pesquis [7]
22 BADAIRE Hugues   (ou le BADAIRE) cordier ?
23 BAGUESSON Adam   [10]
24 BAJO Guyat   (ou BOIJO) tâcheron [13]
25 BAJO Jean   [14]
26 BART Gergen / Georg Innsbruck messager
27 BATANS Antoine   [23]
28 BERGIER Jean    
29 BERGIER Perrin   fils de #28
30 BERNAGEOT Laurent   [15]
31 BERNARDT Jean   nouveau marié
32 BERNHARDT Heinrich Ensisheim époux de la propriétaire d’une cense due par la ville
33 BERTIN Pierre   [16]
34 BESANÇON Christophe   clerc de la ville l'an 1547-1548 [18]
35 BESANÇON Jean   cité pour son curtilffz [19]
36 BESSAT Henselin   [22]
37 BICHIN Mathis Denney  
38 BOBAY   Rougegoutte qui portait un loup
39 BOURGEOIS Jean   nouveau marié ; travaux de maçonnerie
40 BRIGOINDS Simon   (ou BRIGAIDES) travaux sur les fontaines
41 CAPPIÉ Nicolas    
42 CEVEIGNAT Moinget Beaufrémont (?)  
43 CHAMBRIER Pancrace    
44 CHANTEREL Jean    
45 CHAPPUIS Claude Chalonvillars  
46 CHAPPUIS Nicolas   (ou LE CHAPPUIS) charpentier (chappuis)
47 CHAVANNELZ Richard    
48 CHENIER Servois   boulanger [29]
49 CHEVESTE ?     serviteur de #66
50 CHEVRY   Offemont charretier
51 CHOFFIN Louis ? Offemont charretier
52 CLAUSNER Thiebald   messager
53 CLERC Étienne    
54 CLERC Pierre Dorans  
55 CUENAT Pierre   charretier
56 d'ORTEMBURG     (10)
57 D'URSSEREY Jacques    
58 DE BOTANS Claude    
59 DE CHAULX Jean Guillaume   charretier
60 DE LUXEUL Dellat   tâcheron, terrassier
61 [de MORIMONT] Frantz   "monsr. Frances" [37]
62 DE PERDIEU Jean   charretier, tâcheron ; travaille souvent pour la ville [38]
63 DE SAINT GELLIN Huguenin   charretier
64 DE SAINT VINCENT     (Monsr.)
65 DE SAULNOT François   tâcheron, terrassier [40]
66 DESCHAMPS Deile    
67 DORMOIS Perrin   charpentier ; cf. article sur les comptes de 1548-49
68 DU CONDUICT Jean   [45]
69 ESTIENNE Jean    
70 FAVERNEY Jean   tâcheron [48]
71 FAYBVRE Pierre   travaille sur les fontaines
72 FENNING Richard    
73 FRAYER Nicolas   débrosseur
74 FRERIOT Claude   boucher [52]
75 FRERIOT Guillaume   amodiataire des « fruits » d’un fossé [53]
76 FRERIOT Jean Guillaume   [54]
77 FRINGANS Moingin   artisan maçon ; cf. article sur les comptes de 1548-49
78 GIRARDAT Peter   maçon
79 GRAND HUGUENIN Claude   [58]
80 GRANDGIER Girard   tâcheron, terrassier
81 GRENIER Jean   [59]
82 GRENIER Jean Guillaume    
83 GROSSPERRIN Pierre    
84 GROST GIRARDT / GRANDT GIRARDT Jean "Bache" artisan maçon
85 GUILLAUME Jean Vescemont marchand de bois [61]
86 HAYE Jean   maître bourgeois pour l'année 1548-1549 [63]
87 HEICHEMANT Henry   nouveau marié
88 HEICHEMANT Pierre   messager [64]
89 HENNEMANT Jean Perrin   messager [65]
90 HESCO Guillaume   serviteur de la ville
91 HUAT Jean Évette  
92 JAQUET   Dambelin fontainier
93 JEHAN RICHARD Thiébaud   charretier
94 JOLY Jean Évette fontainier [66]
95 KELLER Servois   maître du commun pour l'année 1547-1548
96 KINDERITZ     "gubernator" des enfants de #56
97 KOLB Martin   maître bourgeois pour l'an 1547-1548 [68]
98 LAMÈRE Pierre   [69]
99 LE MARESCHAL Nicolas   a fourni des clous
100 LHOSTE Henry   [80]
101 LHOSTE Jacques   nouveau marié
102 LOMBARDT Jean Offemont (ou LAMBARD) charretier
103 LOUVET Guillaume   charretier [82]
104 MAIRI ?   Lepuix marchand (ou transporteur) de bois
105 MARCIER Jean   (messire) famille présente à Belfort depuis le XVè siècle ; Conrad MARCIER maître bourgeois en 1505
106 MARESCHAL Jacquot   maréchal
107 MARTIN Jean Vescemont marchand (ou transporteur) de bois
108 MICHELLAT     tâcheron
109 NARDIN Thomas    
110 NOBLAT Antoine   escoffier, messager pour la ville [91]
111 NOBLAT Huguenin    
112 NOIRAT Huguenin   charretier
113 PAGEREY Thomas Offemont charretier
114 PAULUS Perrin   tâcheron, terrassier
115 PELETIÉ Jean   boulanger [95]
116 PEQUEGNAT Pierre   maître du commun pour l'année 1548-1549
117 PEQUEGNEY Christophe   charretier
118 PEQUEGNEY François    
119 PEQUEGNEY Jean   fournier ?
120 PEQUEGNEY Prevost Offemont charretier
121 PETIT Clerc Rougegoutte marchand (ou transporteur) de bois
122 PETIT Jean   messager, tâcheron
123 PETITJEY Valentin   tâcheron, terrassier
124 PETREQUIN Nicolas   charpentier, bûcheron
125 PEULLIET   Danjoutin  
126 PIESQUET Jean   terrassier
127 PIESQUET Jean Horry   terrassier [98]
128 PREBSTRE   Offemont charretier
129 PREVOST Bartholomé    
130 PREVOST Henry   [chapelain, originaire de Montreux-Château, cf. cet acte de 1553]
131 PREVOST Johannes   portier
132 RAIFFELIN Horry    
133 RAPPIER   Vézelois charretier
134 RAVET Jean   cité pour son verger
135 REGNAULDT Jacques   tâcheron, terrassier
136 REGNAULDT Petit Jean   tâcheron, terrassier [109]
137 ROBERT Amyot   maçon, chaudronnier ? [110]
138 ROSSEY     toitat
139 ROSSEY Nicolas   a fait l’objet d’un procès à Ensisheim, avec #155
140 ROUGECEY ?   Évette  
141 ROULLAT Petremand    
142 ROY Antoine   banvard [112]
143 RUFFACH Thiébaud   maçon
144 SELLIER Richard    
145 SODER Jean Ensisheim (ou SADER) procureur à Ensisheim
146 STECKH Leonard   (ou STERKH) nouveau bourgeois (le seul pour les 2 années)
147 STEURÉ Henry   menuisier [121]
148 TEUNET Jacques    
149 THIÉBAUD   Sultzbach ? détenteur d’une cense due par la ville
150 THIERRY Jean Henry Évette  
151 TROBAT     prêcheur de Saint-Antoine des Bois
152 TRUCKSESS de REYCHEWILLER     ancien châtelain
153 TURCKH     (ou LE TURCKH) charretier
154 VALLAT François   [124]
155 VERGIER Jeanne   a fait l’objet d’un procès à Ensisheim, avec #139
156 VERNIER Pierre   serrurier [129]
157 VIRON Jean   chaudronnier, charretier
158 VOULLANS Huguenin   tâcheron, terrassier [132]
159 VUILLEMENAT     tâcheron
160 VUILLEMIN     tâcheron, terrassier
161 VUILLEQUEY Antoine   charretier
162 VUILLEQUEY Nicolas   artisan [130]
163 WADEROIS Jean Ensisheim procureur
164 WINGART Balthazar   (ou WEINGART) [131]

Beaucoup d'individus apparaissent comme charretiers, terrassiers, ou tâcherons. Il est probable que, pour beaucoup d'entre eux, il ne s'agisse que d'une activité complémentaire, dans les périodes où la ville recrutait beaucoup de bras pour réaliser ses nombreux travaux.

4-2. CC5/1
1   Georges   le potier d'étain
2   Grand Louis   messager pour la ville
3   Heinrich / Henrice   militaire ou agent de la régence ?
4   Jean   (maître) [9]
5   Jeanne   norrie (servante) de #107
6 AMEY Jean Horry    
7 AMYAT Henry   ancien maître du commun [21]
8 ANTHENAT     charretier
9 BACHEY      
10 BAGUESSON Adam   messager pour la ville [23]
11 BAGUESSON Nicolas    
12 BAIVELLIER Jacques   tâcheron
13 BAJOLZ Guyat   tâcheron [24]
14 BAJOLZ Jean   tâcheron, amodiateur des « fruits du pesquis » [25]
15 BENAIGEAY Laurent   charretier [30]
16 BERTHIN Pierre   [33]
17 BESA   Frahier a fourni des essendres
18 BESANÇON Christophe   tabellion [34]
19 BESANÇON Jean   messager pour la ville, potentiellement identique à #20 [35]
20 BESANÇON Jean Boucher   cf. ci-dessus
21 [BETSCHIEL ?] Louis   chapelain de Montreux
22 BESSAT Hanßlin   [36]
23 BOTANS Antoine   messager pour la ville [27]
24 BOTANS Nicolin   cf. ci-dessus
25 BOUCHER Jean Danjoutin  
26 BOUCHIER Jean   potentiellement identique à #20
27 BOULLERET Morand   prob. maître du commun
28 CHASTILLON Claude    
29 CHESNIER Servois   cf. ci-dessus [48]
30 CLAVÉ Claude    
31 COLEY Nicolas    
32 CORMIES (?) Pierre   clerc, non belfortain
33 DE BELCHAMPZ Jean   cloutier
34 DE CHAULX Perrin   messager pour la ville
35 DE LANDRESSE Vuillemin   tâcheron
36 DE LIESVANS Pierre   famille présente à Belfort depuis le XVè siècle ; Jean Prévôt DE LIÉVANS maître bourgeois en 1514
37 [de MORIMONT] Frantz   cousin germain du seigneur engagiste [61]
38 DE PARDEY Jean   tâcheron [62]
39 DE PEROUSE Denis    
40 DE SANOT François    
41 de SOUPPE / de SOPPE Thiébaud    
42 DEBROISSEULX Servois    
43 DEBROSSEUX Nicolas   charretier, fontainier, chaudronnier, menuisier
44 DES VECTES / D’EVETTE Jean   serrurier
45 DU CONDUZ Jean   [68]
46 DUPIN Jean Éloie  
47 ESTROITAT Perrin   terrassier, banvart
48 FAVERNEY Jean   charretier, tâcheron [70]
49 FLIEGUE Christophe    
50 FLOCQUET Jacques   maçon
51 FLOTATZ Jean    
52 FRERIAT Claude   [74]
53 FRERIAT Guillaume   maçon, charpentier [75]
54 FRERIAT Jean Guillaume   messager pour la ville [76]
55 GOLZ Antoine Fontaine  
56 GOLZ Henry   gardien des taureaux de la ville
57 GRABER Antoine   gardien du verrat de la ville
58 GRAND HUGUENIN Claude   tâcheron
59 GRENIER Jean   serrurier [81]
60 GUILLAMEY Jean    
61 GUILLAUME Jean Vescemont maire, marchand de bois [85]
62 HAMBERT Jean   berger en l'an 1542
63 HAYE Jean   prob. membre du conseil [86]
64 HECHEMANT Pierre   prob. membre du conseil [88]
65 HERNEMANT Perrin   maître bourgeois [65]
66 JOLY Jean Évette fontainier [94]
67 JOURDAIN Jean    
68 KOLB Martin   prob. membre du conseil [97]
69 LA MÈRE Pierre   [98]
70 LA VIELLIERE Thevenin   peut-être [18]
71 LE BARBIER Michel   caquelier
72 LE BOUCHIER Clauda   ancien maître du commun
73 LE CHAPPUZ Perrin    
74 LE MAIGNIN Claude   maignin (chaudronnier)
75 LE MARESCHALX Adam   maréchal, charretier, messager
76 LE MARESCHALX Martin   maréchal
77 LE MARESCHALX Pierre    
78 LE MASSON Perrin    
79 LE MOITRESSIER Antoine    
80 LHOSTE Henry   [100]
81 LOMBART Antoine   berger en l'an 1542
82 LOUVET Guillaume   [103]
83 LOY Nicolas    
84 MAIGRAIS      
85 MAREIGNEY Perrin   maçon
86 MARESCHALX Simon    
87 MASSON Amyat   maçon
88 MASSON Jean   maçon [13 ?]
89 MASSON Moingin   maçon [14 ?]
90 MONNIER Guillaume   charpentier, menuisier
91 NOBLAT Antoine   [91]
92 PALMIER Servois    
93 PAULUS Jean    
94 PELAY Bon    
95 PELLETIER Jean   boulanger [115]
96 PERROTZ Vauthier Rougegoutte a fourni des cors de fontaine
97 PIERRE Jean   charretier
98 PIESQUET Jean Henry Offemont [127]
99 POTTIER Gury   caquelier
100 POULCHON Bernard    
101 PREMANT ? Jean    
102 PREVOST Richard    
103 QUELLER Jean Guillaume    
104 QUELLER Claude   octogénaire, d'après FF7/1 ; cf ci-dessus
105 RAINETZ Jean   menuisier
106 RAINETZ Jean le vieux   amodiataire des « fruits » du fossé
107 RAPPIER Jean   (feu) ancien maître bourgeois
108 RAPPIER Thiébaud    
109 REGNAULX Petit Jean   [136]
110 ROBERT Amyat   maçon [137]
111 ROSSEY Hanßlin    
112 ROY Antoine   portier [142]
113 ROY Georges    
114 ROY Jacques    
115 ROY Vuillemin   banvart
116 RULLIN Simon    
117 SELLIER Jean    
118 SERRURIER Perrin   serrurier
119 SERRURIER Pierre   (ou LE SERRURIER) serrurier
120 SODER Johannes   employé comme traducteur [145]
121 STEURÉ Henry   menuisier, messager pour la ville [147]
122 SUMMERVOGEL ? Michel    
123 VAILLON Humbert Lacollonge  
124 VALLAT François   [154]
125 VALLOIT François   id. #124 ?
126 VERGIER Jacques    
127 VERGIER Jean Guillaume   ancien maître bourgeois
128 VERLIN Aimé    
129 VERNIER Pierre   artisan, serrurier [156]
130 VILLIQUE Nicolas   artisan [162]
131 VINGARTE Balthazar   ancien maître du commun [164]
132 VOLANT Hugues   [158]

Quelques considérations d'onomastique, valables pour les deux listes.

Dans ces comptes, plusieurs artisans sont désignés par un prénom suivi d'une profession.

Par exemple, en 1543, Claude le Mareschalx qui fabrique des ferrements pour les ponts de la ville ; Pierre le Serrurier qui fabrique des huisseries, fournit des paumelles, des serrures, des clés...

On peut se poser les questions suivantes :

  • Ces personnages avaient-ils un patronyme, qui, à cette époque, aurait été un peu oublié au profit de leur spécialité professionnelle ? C'est envisageable, car la pratique est déjà moins courante dans les comptes ultérieurs ; on voit par exemple, dans le CC5/2, un Thévenin, messager, qui pourrait bien être le Thévenin LA VIELLIERE du CC5/1.
  • Si ce n'est pas le cas, ce surnom, ici professionnel, s'est-il transmis à leurs descendants pour devenir un patronyme ?

L'hérédité des surnoms est une pratique qui s'est répandue en Europe à partir du XIIIè siècle, du haut en bas de la pyramide sociale : d'abord les nobles, puis les bourgeois, enfin le reste de la population.

Si, pour les généalogistes, la question est cruciale, il est très probable qu'à l'époque, on se posait rarement ces questions. Peut-être à la marge, lorsque, comme ici, se succédaient, pour des travaux de bâtiment, un Moingin Masson et un Perrin Marigney masson (nous avons attribué une majuscules initiale aux noms que nous avons enregistrés comme patronymes) ?

L'immuabilité des patronymes n'est pas à confondre avec l'hérédité du surnom.
Les historiens ont relevé en effet que le surnom pouvait se transmettre sur quelques générations, puis être abandonné au profit d'un autre.
C'est particulièrement le cas lorsque ce surnom conserve une signification claire ; si Pierre, fils de Jean Masson, devient serrurier, il y a des chances que le surnom hérité de son père soit abandonné.
Cette remarque vaut également pour les surnoms d'autre nature que professionnelle : origine géographique, particularité physique, etc.
Jusqu'à ce que, comme à Paris en 1421, on relève un "Jean Le Charron, poissonnier", et même, en 1455, un "Colin L'Hôtelier, dit Marquetier, revendeur" (6).
Ce qui ne signifie pas, pour autant, que les patronymes "Le Charron" et "L'Hôtelier" seront définitivement conservés par les descendants de ces personnes.

Nous voyons ici un Michel Le Barbier qui s'est occupé de la restauration d'un poêle. Exerce-t-il encore comme barbier ?

Sous une forme légèrement différente, on a rencontré un (cf. ci-dessus) Jean Boucher Besançon. Et, par ailleurs, un Jean Bouchier qui pourrait être la même personne ; Besançon étant un patronyme très courant (parfois abrégé en Bes.), il peut avoir été éludé au profit d'un surnom plus marquant, servant à distinguer la personne d'homonymes.

On se heurtera encore d'avantage à ce problème quand nous remonterons aux sources du XVè siècle. La plupart des individus n'y ayant pas de patronyme fixe, les problèmes d'identification, et, pire, de généalogie deviendront très ardus.


Notes
1. En premier lieu Renaud de Bourgogne (v. 1260-1321), comte de Montbéliard et de Belfort de 1282 à 1321, qui a baillé la charte de franchise à la ville de Belfort en 1307.
On peut aussi envisager son épouse Guillemette de Neufchâtel, héritière de ces comtés par son arrière-grand-père Thierry III de Montbéliard ; mais aussi leur fille Jeanne de Montbéliard, femme d'Ulrich III de Ferrette, et encore Alix, fille de la précédente et de Rodolphe-Hesso de Bade, dame de Belfort avec sa sœur Marguerite. Aussi peut-être Catherine de Bourgogne, femme de Léopold de Habsbourg (voir Les Bourguignons en Alsace)
2. Le mot beulier semble correspondre à "boulin", dans le sens métonymique de "pièce de bois utilisée pour les échafaudages" : Courvoisier, Robert, La vie d'une communauté vers l'an 1550 : les pauvres de l'hôpital de Montbéliard (termes relevés dans les comptes de l'hôpital), SEM, 1976 
3. Cette maison "du conduit", qui porte ce nom de par sa situation à proximité de l'égout de la ville, a une particularité rare dans notre région : elle a donné son nom à la famille qui l'a occupée ; on voit en effet apparaître une famille Du Conduit, par Simon Du Conduit, bourgeois et couturier (1490). Dans certaines villes d'Allemagne, les familles bourgeoises portaient systématiquement le nom de la maison qu'ils ont occupé ; à Mayence par exemple, Gutemberg s'appelait à la naissance Gensfleisch, du nom d'une propriété habitée par ses parents ; puis il lui fut attribué celui de Gutenberg, du nom (zu Guten Bergen) d'une autre maison, et aussi "Zur Laden", selon une troisième.
5. La civilité "la grâce" n'est apparemment pas donnée à Frantz, mais son épouse le reçoit lors du baptême de leur enfant en 1543 (baillé à grâce de la dame herr Frantz lors que l'on baptisa l'enffans)
6. Favier, Jean, Le bourgeois de Paris au Moyen-Âge, Taillandier, 2015
7. La chapelle Saint-Sébastien, ou chapelle Picabo (du surnom de son fondateur) est une fondation instaurée dans l'ancienne église collégiale, dans les années 1460, par Jean Tabellion, notaire public, tabellion de la ville, et son épouse. La ville a dû acquérir un bien sur lequel reposait une des censes que les fondateurs avaient assignées à cette chapelle. Voir l'article Picabo.
8. Le terme "vallon" (ou "wallon") à la même origine et le même sens que l'allemand "welsch", de même racines et sens que l'anglais "Wales", et le français "gaulois".
Ils désignent tous, étymologiquement, les peuples ou les langues d'origines celtiques. Or, ici, comme de nos jours, "wallon" s'identifie au français parlé dans des secteurs voisins des régions germanophones. On voit par cela que les peuples germaniques, après les grandes invasions, ne distinguèrent pas les populations celtiques et romanes. Sans doute à cause des gallo-romains qui étaient d'origine celtique, et parlaient une langue essentiellement romane. Les germanophones ne faisaient pas de distinction entre les deux, qui leur étaient autant étrangères l'une que l'autre.
9. Société Belfortaine d'Émulation, Dictionnaire biographique du Territoire de Belfort, 2001
10. La mention de la famille d'Ortenburg est assez inattendue.
Le problème est complexe car il existe deux lignées de comtes d'Ortenburg : une, bavaroise, encore représentée de nos jours ; l'autre, en Carinthie (Autriche), éteinte depuis 1418 (lignée principale) ou 1456 (branche de Celje).
Cette seconde famille a un lien avec Belfort, bien que ténu et mal documenté : en effet, en 1581 ou 1582, la famille de Morimont, les fils de Jean-Jacques plus précisément, vendirent leur château éponyme aux comtes d'Ortenburg-Salamanca (cf. ici) ; en effet, le titre (carinthien) de comte d'Ortenburg fut accordé par Ferdinand I à son trésorier Gabriel von Salamanca en 1524 ; il est donc possible qu'il s'agisse ici des enfants de Gabriel. Son fils Ferdinand étant probablement celui qui acquit le château de Morimont.

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