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Sempach

LISA et RB

La maison de Habsbourg plonge ses racines en Alsace, pays de Bade et Suisse. Le château éponyme se trouve dans le canton d'Argovie (carte ci-dessous).

À la fin du XIIème siècle, elle obtient le titre de Landvogt d'Alsace, et, un siècle plus tard, elle atteint encore une envergure supérieure en acquérant les duchés d'Autriche et de Styrie.

Mais, depuis le début du XIVème siècle, en Suisse, où les Habsbourg avaient largement étendu leurs territoires sur ceux des autres maisons aristocratiques, les habitants se révoltent et cherchent à se libérer de leur tutelle.

Pendant presque deux siècles, les combats se succéderont, la plupart du temps à l'avantage des suisses, qui finiront par chasser les Habsbourg de la plus grande partie de leurs possessions, et à constituer progressivement la confédération que nous connaissons.

Parmi les grandes défaites des ducs puis archiducs Habsbourg, la bataille de Sempach, en 1386, a retenu notre attention, car c'est sans doute la plus meurtrière pour les chevaliers combattant sous la bannière autrichienne. Et, comme beaucoup de nobles alsaciens étaient vassaux des Habsbourg, certains se sont trouvés sur le champ de bataille, et la noblesse alsacienne s'en trouva littéralement décimée.

Parmi ceux-ci, nous nous sommes restreints aux hommes qui possédaient un lien avec la région de Belfort.

Sommaire :
1. Contexte historique

Ci-dessous, un schéma des régions dominées par les parties en présence à la veille de la bataille de Sempach.

© LISA, à partir d'une carte Larousse : (en rouge, les villes ou villages dont il sera question dans les paragraphes suivants)

Les 4 cantons primitifs (Uri, Schwyz et les deux Unterwald) avaient, après mains combats, édifié leur indépendance depuis la première moitié du XIIIème siècle, au détriment des familles aristocratiques, et principalement des Habsbourg. Une bataille décisive entre eux avait déjà eu lieu à Morgarten en 1315.
D'autres territoires rejoignent les premiers cantons au cours du XIVème siècle, pour former la confédération des VIII cantons.
En 1386, le conflit avec l'armée Habsbourg éclate aux environs de Lucerne, qui leur appartient en théorie, et que Léopold souhaitait récupérer.

L'effectif des forces en présence est diversement estimé, mais il semble que les troupes autrichiennes étaient supérieures en nombre.
L'historiographie suisse elle-même présente la victoire comme inattendue, et l'attribue à l'héroïsme d'un certain Arnold Winkelried, source d'une légende comparable à celle de Guillaume Tell.

2. Sources

Cet événement a eu une importance majeure pour la fondation de l'unité helvétique, et dans la mémoire historique de la nation suisse. Sa place dans l'histoire autrichienne est également importante.

On ne s'étonnera donc pas que les textes (chroniques) évoquant à la bataille de Sempach soient particulièrement nombreux. Les études historiques "modernes" ne manquent pas non plus.
L'ouvrage de référence en la matière est Die Schlacht bei Sempach de Theodor von Liebenau (1886). Il référence plus de 200 chroniques portant sur cette bataille, du XIVème au XVIème siècle, dont au moins 20 fournissent des listes plus ou moins détaillées des "principaux" militaires qui y trouvèrent la mort.

La plus ancienne est la Frankfurter Verlustliste de 1386, dont une copie est conservée à la Stadtarchiv de Francfort.

Voici les sources les plus anciennes et détaillées que nous avons relevées :

  • Frankfurter Verlustliste, 1386
  • Chronik des Nicolaus Stulmann, 1407
  • Stadtchronik von Bern und Conrad Justingers Berner-Chronik, 1414/1420
  • Thurgauer Chronik, début XVème
  • Züricher Chronik, début XVème
  • Jakob Twinger von Königshofen Chronik, 1ère moitié XVème
  • Johann Viler: Chronica von Keisern, Paepsten, Eidgenossenschaft und Elsass, 1430
  • Breisgauische Liederhandschrift, 1445
  • Luzerner Chronik von Melchior Russ, 1482
  • Oesterreichische Verlustliste, ca. 1484
  • Oesterreichische Verlustliste, 1488
  • Oesterreichische Chronik des Veit Arenpeck, 1488–1495
  • Petermann Etterlin's Chronik, Basel, 1507
  • Conrad Schnitt: Wappenbuch der Baslerischen Geschlechter, 1530
  • Aegidius Tschudi: Chronicon Helveticum 1532-1572
  • Anonyme österreichische Chronik in Stuttgart, manuscrit XVIème.

En dehors de Liebenau, une douzaine d'études ou de synthèses ont été publiées.

Nous avons avant tout cherché à explorer les sources, même si leur analyse critique est impossible ; nous donnerons des extraits de deux d'entre elles (en gras ci-dessus), dont les originaux sont disponibles sur les sites e-codices et e-manuscripta.

2-1. Chronique de Jacob Twinger von Königshofen

Jacob Twinger von Königshofen (1346-1420) était chanoine de St-Thomas de Strasbourg. Il était également historien et auteur de plusieurs chroniques, évidemment manuscrites. On note qu'il s'agit d'un contemporain de la bataille de Sempach, et donc qu'il a eu des informations de première main, même si, le début de sa chronique en fait la preuve, il a tendance à confondre légende et histoire, comme il était d'usage à l'époque.

La chronique dont il est question (simplement intitulée "Chronik") est conservée à la bibliothèque universitaire de Bâle sous la cote E II 11.
Il s'agissait d'une entreprise colossale, puisqu'elle ambitionnait de couvrir la totalité des temps "historiques", depuis la création divine des anges dans les cieux (das got die engel in dem himel geschüf), Adam... jusqu'à l'époque de sa rédaction.

Basel, Universitätsbibliothek, E II 11, vues 3r, 37r et 524v (www.e-codices.ch)
Le début de la partie qui nous intéresse est indexé ici :
Elle débute donc à la page cccclxxxii : 482 :

La liste elle-même, qui tient sur une page et demie, n'est pas la source unique des listes postérieures, car elle est peu détaillée. Par exemple, elle ne donne pas le détail des chevaliers de Reinach, mais mentionne seulement "vier von Rinach".

Nous extrairons ci-dessous les lignes correspondant à notre recherche.

2-2. Chronicon Helveticum d'Aegidius Tschudi

Cette chronique est plus récente que la précédente de plus d'un siècle. Elle est disponible sur le site e-manuscripta.

Aegidius (ou Gilg) Tschudi (1505-1572), du canton de Glaris, est considéré comme le père de l'histoire suisse.
Sa chronique est nettement plus "moderne" sur le contenu et la forme que celle de Königshofen. Plus raisonnable aussi dans son projet, puisqu'elle ne s'attache, comme son titre l'indique, qu'à l'histoire de la Suisse.

Voici, à la page 149, l'intitulé de la liste des morts autrichiens à Sempach :

Von nachgemelten umbkomnen wurdend vil an dem strit ze Ritter geschlagen.
Hernach stat ein teil der fürsten,
Grafen, frijen Herren, Rittern und
edelknechten, die von den
eidgnossen ze Sempach
erschlagen sind.
Parmi les morts nommés ci-dessous, beaucoup de chevaliers ont été tués au combat
Ci-après se trouvent une partie des princes,
comtes, barons, chevaliers et
nobles hommes qui ont été tués par les
confédérés à Sempach.

Comme pour la précédente, nous détaillerons les lignes portant sur les personnes qui nous intéressent.

2-3. La chapelle de Sempach

La Schlachtkapelle (chapelle de la bataille) de Sempach fut construite en 1472, et reconstruite depuis.


© R. Billerey

Elle est ornée d'une grande fresque et de panneaux donnant les noms de morts confédérés, et les noms et armoiries de chevaliers morts sous la bannière autrichienne.

Fresque de la bataille (chapelle de Sempach), via Wikipedia

La liste de ces défunts peut être considérée comme une source historique, ni plus ni moins exacte que les précédentes.

Disposée sur les murs sud et ouest de la nef, elle est divisée en 11 parties :

Mur sud, de gauche à droite (© R. Billerey pour la suite de ce paragraphe) :

Ici les noms des confédérés qui sont tombés sur ce champ de bataille ici les comtes et des hommes ayant toujours été libres Ici les seigneurs, les soldats et chevaliers originaires de Souabe (...)
d'Alsace

Mur ouest, au dessus du portail :

(...)
de Bâle
les vassaux (?) du
Würtemberg
(...)
des bords de l'Adige [Tyrol]
(...)
du Brisgau
(...)
de Fribourg
ceux de Schaffhouse (...)
de l'Argovie

 

Les militaires sur lesquels nous nous arrêterons feront partie des "comtes et hommes libres" (le comte de Thierstein), ainsi que des seigneurs issus d'Alsace (Montreux, Morimont et Andlau) et d'Argovie (Reinach).

3. Les chevaliers

Notre intention n'est évidemment pas de recenser tous les morts ou toutes les familles impactées dans la bataille de Sempach.

Conformément à la ligne éditoriale de LISA, nous nous en tenons aux personnes ayant un lien avec la région de Belfort. Les lecteurs intéressés pourront se reporter à cet article Wikipedia qui dresse la liste de l'ensemble des morts, coté autrichien.
Ceci nous a d'abord conduit à identifier les familles qui y étaient possessionnées à l'époque du conflit. Ce filtre fournissait uniquement deux entrées : les Montreux et les Thierstein-Florimont.
Pour étoffer un peu notre propos, nous étendons donc notre objectif aux familles ayant tenu (ultérieurement) un fief (comme titulaire ou engagiste) dans notre secteur. Le résultat se monte alors à 5.

Avant de présenter la liste des chevaliers concernés, un mot sur celui qui les conduisit à la bataille, et à la mort : le duc Léopold de Habsbourg.

C'est le 3ème fils d'Albert II et de Jeanne de Ferrette (voir ici et ) ; il est la souche de la branche léopoldine, qui donnera les archiducs et empereurs.

Lui aussi est lié à l'Alsace, et à Belfort, puisqu'il est chargé, depuis 1379, de l'Autriche Antérieure.


via Wikipedia.

Il perd la vie, à la tête de ses troupes, à Sempach, le 9 juillet 1386, à l'âge de 35 ans.

Chronik: die 95 Herrschaften Österreichs ; Bern, Burgerbibliothek, Cod. A 45, f. 114r (www.e-codices.ch). Mort du duc Léopold d'Autriche.
À droite, les autrichiens, à gauche les confédérés (sans doute les bannières d'Uri, Lucerne et Glaris).
Au centre, le duc, frappé à mort ; à sa droite, son casque paré de plumes de paon
3-1. Frédéric, seigneur de Montreux

La famille de ce chevalier est, dans notre liste, celle qui est la plus liée à la région de Belfort. Ayant des attaches lorraines, elle est possessionnée à Montreux depuis le début du XIIIème siècle.

Dans la liste de Königshofen :

herr Fridrich von Menstral

Dans la liste de Tschudi :

Sous le titre :

Dis nachgeschriben herren sind panerherren
gewesen und umbkomen
Les hommes inscrits ci-après étaient des bannerets
et ont été tués

En 3ème place :

Her Fridrich von Münstral Ritter / uss Elsass
Messire Frédéric de Montreux, chevalier / d'Alsace

Ce Frédéric de Montreux n'a malheureusement pas laissé d'autre trace documentaire.

En 1386, le seigneur de Montreux est Didier I, né vers 1330, fils de Frédéric, mort vers 1335. Le Frédéric mort à Sempach pourrait donc être un frère ou un fils de Didier, comme le suppose P. E. Tueffert dans la revue d'Alsace, en 1879.

Autres sources :

Fridrich von Münstrol figure dans toutes les sources détaillées. Quelques éléments :

  • Dans la plus ancienne liste, la Frankfurter Verlustliste, on trouve bien Her Frederich von mynstrol.
  • Dans la Chronik des Nicolaus Stulmann, Fridrich apparaît sous le nom de D(ominus) Gottfridus von Minstrol.
  • Dans la chronique de Russ apparaît, repris par Tschudi, en plus, un autre personnage : Her Rudolf von Munstrall ; il ne figure pas dans la même catégorie que le premier, mais dans celle intitulée Diss warent von Strasburg un uss dem Elsass (Ceux-ci étaient de Strasbourg et de l'Alsace).
    On le retrouve dans la liste de Tschudi :

    Ce personnage est absent des autres listes.

Chapelle de Sempach :

Her Fridrich
von Münstroll
via Wikimedia
3-2. Waldrach, comte de Thierstein-Florimont

Arbitrairement, nous classons en seconde position le comte de Thierstein, car, bien que possessionné dans la région de Belfort lors des événements, et, de par son rang, venant avant le seigneur de Montreux qui n'est que chevalier, son implantation dans notre secteur n'est que provisoire, car il n'est que seigneur engagiste, comme on va le voir.

Dans la liste de Königshofen, pas de détail sur les prénoms des comtes de Thierstein tués à Sempach :


zwen grafen von
Tierstein
deux comtes de
Thierstein

Dans la liste de Tschudi, les comtes de Thierstein sont, de par leur rang, dans la liste principale, en 3ème place, après le duc Léopold et le margraf Ott von Hochberg :

Graf Waldrach von Tierstein
Graf Hans von Tierstein sin bruder.
Le comte Waldrach von Thierstein
Le comte Hans von Thiertein son frère.

Dans la Frankfurter Verluchliste, transcrite par Liebenau, on lit :
Item grave Walrafe von Tierstain von Blumberg.
- grave Hans von Tierstein sin brudir.

Seul le premier des deux comtes était possessionné à Florimont, comme on va le voir.

Johann I et Walram IV von Thierstein (l'orthographe du prénom est fluctuante) sont les fils du comte Walram III von Thierstein-Pfeffingen  (Wikipedia).

Le fief d'origine des comtes de Thierstein est le burg de Alt-Thierstein, sur la commune de Gipf-Oberfrick (carte), en Argovie, donc en plein cœur des terres patrimoniales des Habsbourg.

Walram est en fait possessionné dans notre secteur par sa femme, Adelaïde de Bade, qui n'est autre que la fille de Rodolphe-Hesso de Bade (ou de Baden-Baden) et de Jeanne de Montbéliard, veuve du dernier comte de Ferrette Ulrich III.
Adelaïde épouse Walram après le décès de son premier mari, Rodolphe V de Bade-Pfortzheim, en 1361. Elle est appelée "dame de Belfort", ayant pu conserver une partie de l'héritage lui venant de sa mère, en l'occurrence la moitié de la seigneurie de Belfort.

Sur fond blanc, les deux morts à Sempach

Cette généalogie explique l'importance du comte dans la clientèle féodale des Habsbourg.

D'après Stouff (3), c'est Adelaïde elle-même qui prend en gage la seigneurie de Florimont entre 1368 et 1372 (il ne précise pas de source).
Auparavant, cette seigneurie avait été à engagée à Marguerite de Bade (1361) et à Jean de Wahlbach (1368).
Par ailleurs, Adelaïde devait avoir aussi conservé des droits sur Héricourt, puisque, dans le testament de sa soeur Marguerite (qui possédait l'autre moitié de la seigneurie de Belfort), elle est nommée noble et puissante dame d'Héricourt et de Florimont, marquise de Baade (3).
À l'époque de l'engagement, le seigneur engagiste était précisément son (demi-)neveu Léopold III, au service, et en compagnie duquel son mari allait perdre la vie à Sempach.

Lors de la bataille de Sempach, Walram est donc veuf, et doit avoir conservé l'engagement acquis par son épouse. Celui-ci passa ensuite à leur fils Bernhard, puis à Johann, à son fils Jean, puis aux fils  de ce dernier Oswald et Guillaume. Il fut ensuite vendu en 1457 à Marquart von Stain. Les Thierstein auront donc gouverné Florimont pendant environ 87 ans.

Chapelle de Sempach :

Graf Waldraff von
Tierstain, her zu
Blumberg
via Wikimedia

Comme dans la chronique de Tschudi, le comte Waldraff est en 3ème position des morts habsbourgeois, sur la même ligne que le duc.

3-3. Les chevaliers de Morimont

Dans la plus ancienne des chroniques, la Frankfurter Verlustliste, on compte 5 membres de la famille Morimont (Mörsberg en allemand) :

  • Dypolt von Morsperg,
  • Wernli onissen von morsperg,
  • walther von morsperg,
  • Wetzel von Morsperg,
  • Eberlin seligen son von morsperg petirman [Peterman fils de feu Eberlin von Morsperg].

Les choses sont moins claires lorsqu'on examine les autres sources :

source : 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14
Werlin (Nuss)
x             x   x   x x  
Diepold x             x   x   x x  
Walter x x   x x     x x x   x x x
Wetzel x     x x     x   x   x x x
Peter x       x           x   x x
total :  5 3 4 5 3 4 4 4 1 4 1 4 5 3
  1. Frankfurter Verlustliste, 1386
  2. Chronik des Nicolaus Stulmann, 1407 : Waltherus von Mörsperg et duo de Mörsperg.
  3. Stadtchronik von Bern und Conrad Justingers Berner-Chronik, 1414/1420
  4. Thurgauer Chronik, début XVème : Walther und Wenceslaus von Mörsperg ; es verluren do selbs wol fünff von Mörsperg. Wenceslaus correspondant à Wentzel.
  5. Züricher Chronik, début XVème
  6. Jakob Twinger von Königshofen Chronik, 1ère moitié XVème :

  7. Johann Viler: Chronica von Keisern, Paepsten, Eidgenossenschaft und Elsass, 1430
  8. Breisgauische Liederhandschrift, 1445 : walter von Mörsperg ; diepolt von mörsperg ; wötzel von mörsperg ; werlin nüs von mörsperg.
  9. Luzerner Chronik von Melchior Russ, 1482
  10. Oesterreichische Verlustliste, ca. 1484 : Wather von Mörsperg ; Wetzel von Mörsperg ; Werli Nuss von Mörsperg ; Diepolt von Mörsperg.
  11. Oesterreichische Chronik des Veit Arenpeck, 1488–1495 : Petrus de Moerspeerg miles
  12. Petermann Etterlin's Chronik, Basel, 1507
  13. Conrad Schnitt: Wappenbuch der Baslerischen Geschlechter, 1530
  14. Aegidius Tschudi: Chronicon Helveticum 1532-1572 :

 

Que conclure ? Walter et Wetzel sont cités dans la plupart des listes ; Diepold l'est moins souvent. Reste le problème de Peter et Werlin : les deux ont-ils trouvé la mort à Sempach, ou seulement Peter, fils de Werlin ?

Haberer (4) nous offre une réponse à laquelle nous aimerions croire : Thiebold / Peter / Wernhad und Walther von Morspurg  gebruder. On aurait donc 4 frères, avec un Wernhard à identifier au choix avec Werlin ou Wetzel...

Les sources picturales enfin ne sont pas plus fiables :

À la chapelle de Sempach, on a représenté les blasons de Walter et Wetzel :

(src. R. Billerey)

Le monastère de Königsfelden est plus généreux, offrant 5 plaques commémoratives : celles de Diebolt, Petter, Wernnhartt, Waltherr, et Wetzel von Mörspurg...

Comme la fiabilité respective de ces sources nous est inconnue, de même que la filiation de l'une à l'autre, nous nous garderons de trancher.

D'autre part, il est difficile, en partant des chartes, de rattacher les personnes citées plus haut à une généalogie certaine.

Quelques éléments :

  • Le dictionnaire biographique du Territoire de Belfort (2), dans sa synthèse sur la famille de Morimont, indique qu'au XIVème siècle, elle se subdivise en plusieurs branches, dont l'une porte le surnom de Nuss (il tranche par ailleurs sur nos questionnements ci-dessus, en affirmant qu'il y a bien eu 5 chevaliers Mörsperg tués à Sempach).
  • Le cartulaire de Mulhouse (pièce 430) cite en effet, en 1400, feu le chevalier Heinrich Nusz von Mörsberg. Une parenté semble donc apparaître avec le surnom de Werli, mentionné sur plusieurs sources (7). Il est en revanche possible que les autres Mörsperg relèvent d'une autre branche, contrairement à ce qu'écrit Haberer.
    Toujours dans le cartulaire, un Werner de Morimont apparaît dans plusieurs plèces : (320) 1378 - Werner von Mörsperg, prévôt de Mulhouse.
  • Trouillat (1) cite, pour 1388, des biens à Beurnevésin, appartenant à Thiébaut (Diebold) de Morimont, tenus par Thiébaud VI de Neuchâtel en Bourgogne.

Quel que soit le nombre des victimes, il n'en reste pas moins que la famille de Mörsperg / Morimont a été fortement impactée par cette sanglante bataille.

Terminons, chronologiquement, en rappelant, et c'est ce qui rattache cette famille au secteur belfortain, que Pierre de Morimont, fils de Jean, fut à la fois bailli et engagiste de plusieurs seigneuries Habsbourg en haute Alsace ; ses descendants lui succéderont jusqu'en 1563 ; il a fait partie des négociateurs du traité de Saint-Omer.

3-4. Les chevaliers de Reinach

Le dictionnaire biographique de la Suisse (5) n'évoque pas Sempach, mais il parle de 3 branches de la famille, dont deux s'éteignirent au XIVème siècle, et une troisième émigra en Alsace au XVème ; c'est celle qui, après d'autres subdivisions, donna les seigneurs de Montreux, succédant à la famille du 3-1, et qui fut ultérieurement élevée aux titres de barons et de comtes (cf. Les Reinach, seigneurs de Montreux).

Quelques textes évoquent "19 membres de la famille engagés dans la bataille de Sempach, dont 18 furent tués, et le dernier, Hamman, sgr de Luffenburg, allié à Ursule de Honburg, continua la famille".
Cette information, parfois accompagnée de précisions anecdotiques, dépourvue de référence documentaire, doit être prise avec beaucoup de circonspection.

La Frankfurter Verlustliste ne nous informe guère, se contentant de déclarer : czen von Rinach (dix de Reinach).

Les chroniques suivantes évoquent entre 1 et 5 noms, comme suit :

source : 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14
Anthoni
                x          
Friedrich   x   x       x x x x x   x
Gunter       x       x   x x   x x
Heinrich   x   x       x x x x x   x
Rüschman   x           x x x x x   x
Ulrich   x           x   x x     x
total :  10 4 4 3 3 4 4 5 4 5 5 3 1 5
  1. Frankfurter Verlustliste, 1386
  2. Chronik des Nicolaus Stulmann, 140
  3. Stadtchronik von Bern und Conrad Justingers Berner-Chronik, 1414/1420
  4. Thurgauer Chronik, début XVème
  5. Züricher Chronik, début XVème
  6. Jakob Twinger von Königshofen Chronik, 1ère moitié XVème :

  7. Johann Viler: Chronica von Keisern, Paepsten, Eidgenossenschaft und Elsass, 1430
  8. Breisgauische Liederhandschrift, 1445
  9. Luzerner Chronik von Melchior Russ, 1482
  10. Oesterreichische Verlustliste, ca. 1484
  11. Oesterreichische Chronik des Veit Arenpeck, 1488–1495
  12. Petermann Etterlin's Chronik, Basel, 1507
  13. Conrad Schnitt: Wappenbuch der Baslerischen Geschlechter, 1530
  14. Aegidius Tschudi: Chronicon Helveticum 1532-1572 :

    Ulrich von Rinach, Rutschman von Rinach der ze Sempach das morgenbrot gehöuschet hat das ward imm, Günther von Rinach, Fridrich von Rinach
    (...) Rutschman von R., qui a dédaigné à Sempach le déjeuner du matin qui lui était destiné [sans doute trop impatient de se battre] (...)

La chapelle de Sempach recense 5 sieurs de Reinach:


(src. R. Billerey)

Le Geschichtsfreund [l'ami de l'histoire], tome X (1854) donne une liste des épitaphes des seigneurs de Reinach enterrés dans le cloître de Beromünster (proche de Reinach), d'environ 1250 à 1580. On en compte une soixantaine. Ceux qui nous intéressent :

9 juillet 1386, Rutzman de Rinach, chevalier, mourut près de Sempach à la guerre.
9 juillet 1386, Volricus [Ulrich], chevalier, frère de Rutzman de Rinach, mourut à la guerre.
22 septembre 1386, Heinricus de Rinach, chevalier, mourut de blessure à la guerre, près de Sempach.

Elles sont précédées par celle-ci :
26 août 1380, Elisabeth, femme de Rutzman de Rinach.

Cette source paraît plutôt solide, ce qui conforte les noms de Rüschman, son frère Ulrich, et Heinrich comme éléments de notre macabre liste.

Au delà, il semble bien que les traces de la famille de Reinach, antérieurement à son départ de l'Argovie pour l'Alsace, restent très imprécises.
Comme pour les Morimont, nous ne pouvons que conclure qu'elle paya un lourd tribut à la lutte de son suzerain Habsbourg contre les confédérés suisses.

3-5. Les chevaliers d'Andlau

La maison d'Andlau est une importante famille de basse Alsace. Elle tire son nom du château d'Andlau, sur les premiers contreforts vosgiens, entre Séléstat et Obernai.

Elle apparaît dans la région de Belfort vers 1600, lorsqu'un de ses descendants, Walter, devient seigneur de Morvillars (8) (carte).

Sa généalogie est mieux connue que celles des deux précédentes familles, bien que non sans incertitudes. Nous nous basons sur l'ouvrage Stamm-Tafeln des Adels des Großherzogthums Baden (6).

Vers 1386, cette maison est ramifiée en (au moins) 4 branches ; celles issues de deux fils de Rudolf (mort vers 1360) : Heinrich dit Stolzmann, et Rudolf, dit Schwartzrudolf, tous deux nés vers 1340.
Une troisième branche, issue à la génération précédente de Petermann est indiquée comme "rapidement éteinte", et une 4ème, trouvant sa source 2 générations encore avant, "éteinte au XVème siècle".

Débutons par les certitudes : Walter d'Andlau-Kingersheim, seigneur de Morvillars, descend de Heinrich "Stolzmann", 6 générations plus tôt.
Il devient seigneur de Morvillars par son mariage avec l'héritière du fief, Élisabeth d'Arbois (le tombeau de Walter, à Morvillars, a été récemment restauré).

En revanche, à l'autre extrémité de la généalogie, personne n'a jamais pu, à notre connaissance, situer de manière certaine les chevaliers d'Andlau morts à Sempach sur des branches connues.

Sur l'arbre simplifié ci-dessous, en bleu clair, les 4 lignées auxquelles ils pourraient appartenir. Sur l'arbre de Becke-Klüchtzer, aucun décès ne figure en l'année 1386... 

Venons-en à présent aux morts de Sempach. Toujours une certaine incertitude sur leur nombre et leur identité :

Rien pour une fois dans la Frankfurter Verlustliste.
Les chroniques suivantes évoquent entre 1 et 4 noms, comme suit :

source : 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14
Hans (Ulrich)
                x         x
Jörg
        x                 x
Peter   x   x x     x x x   x x x
Walther   x   x           x   x x x
total :  / 2 2 2 2 2 2 1 2 2 2 2 2 4
  1. Frankfurter Verlustliste, 1386
  2. Chronik des Nicolaus Stulmann, 1407 : Petrus von Andelach, Waltherus de Andelbach
  3. Stadtchronik von Bern und Conrad Justingers Berner-Chronik, 1414/1420 : zven von Andelo
  4. Thurgauer Chronik, début XVème : Her Peter von Andelach, Walther von Andelach, aber ainer von Andloch
  5. Züricher Chronik, début XVème : Her Peter von Andlou, Geory von Andlou sin bruder
  6. Jakob Twinger von Königshofen Chronik, 1ère moitié XVème :

  7. Johann Viler: Chronica von Keisern, Paepsten, Eidgenossenschaft und Elsass, 1430 : ii von Andelo
  8. Breisgauische Liederhandschrift, 1445 : Peter von andlach
  9. Luzerner Chronik von Melchior Russ, 1482 : Hans Ulrich von Andlow, Peter von Andlow
  10. Oesterreichische Verlustliste, ca. 1484 : Her Peter von Anlach, Walther von Andlach
  11. Oesterreichische Chronik des Veit Arenpeck, 1488–1495 : duo de Andelaw
  12. Petermann Etterlin's Chronik, Basel, 1507 : Peter von Andlov, Walther von Andlov
  13. Conrad Schnitt: Wappenbuch der Baslerischen Geschlechter, 1530 : Petter von Andlouw, Walther von Andlouw
  14. Aegidius Tschudi: Chronicon Helveticum 1532-1572 :



La chapelle de Sempach recense 3 sieurs d'Andlau, Peter, Walther et Georg :

2, 3, ou 4 membres de la famille d'Andlau morts à Sempach ? Peter est le plus certain. D'après Tschudi, ce serait le seul chevalier ; Jörg (Georg) serait son frère. Walther est très souvent cité. Hans assez improbable...

Ajoutons un fait qui, d'une manière certaine, relie la maison d'Andlau et Sempach : la vallée d'Andlau est dominée par deux châteaux : celui d'Andlau et celui de Spesbourg. Au XIVème siècle, ce dernier est la propriété de la famille von Dicke (ou von Dicka). Le seigneur est Walter ; ses frères sont ecclésiastiques et il n'a pas d'héritier. Peu avant de suivre le duc de Habsbourg dans sa campagne suisse, il institue les sires d'Andlau comme ses héritiers pour le château de Spesbourg.
Il meurt également, à un âge fort avancé, à la bataille de Sempach, et les Andlau deviennent ainsi propriétaires des deux châteaux voisins.

4. Conclusion

Les troupes confédérées n'ont pas profité de leur avantage immédiat, si bien que la défaite autrichienne de Sempach, malgré son importance, n'impliqua pas la perte immédiate de tous les territoires suisses pour les Habsbourg.

Le fils aîné du duc, Wilhelm, n'avait que 16 ans, aussi c'est son oncle, Albrecht III, qui exerça jusqu'à son décès en 1395 la tutelle, et reprit en main l'administration de la totalité des possessions de la famille.

Progressivement, dans les années qui suivirent, diverses entités, sur le territoire helvétique, profitèrent de la faiblesse autrichienne pour prendre leur essor ou renforcer leur indépendance, comme Bâle, Soleure ou Glaris. En 1388, les autrichiens subirent une nouvelle défaite à Näfels, et furent contraints de signer avec les confédérés un traité de paix en 1389.

Nous renvoyons les lecteurs intéressés par l'histoire des débuts de la confédération helvétique à l'article de Wikipedia consacré à la confédération des VIII cantons.

Après notre article sur le traité de Saint-Omer, nous espérons avoir un peu illustré, avec celui-ci, combien notre région s'est toujours trouvée au confluent d'influences multiples, à l'échelle européenne : franco-bourguignonnes, germano-autrichiennes, et suisses.


Notes
1. Trouillat, J. ; Monuments de l'histoire de l'ancien évêché de Bâle
2. Société Belfortaine d'Émulation, Dictionnaire biographique du Territoire de Belfort, 2001
5. Godet, Marcel ; Dictionnaire historique et biographique de la Suisse, 1921
6. Becke-Klüchtzner, Edmund von der ; Stamm-Tafeln des Adels des Großherzogthums Baden, 1886
7. Il est d'ailleurs probable que le texte "Wernli onissen von morsperg" soit une lecture erronée de Wernli nussen von morsperg.
8. Walter d'Andlau, seigneur de Morvillars, était aussi seigneur de Méziré, Belfahy (1597-1630), et même, très peu de temps en 1624, de Grandvillars. Mais il a été dépossédé de cette seigneurie par droit de retrait : il achetait, mais ne payait pas...

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