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Les seigneuries de Montreux (à l'origine n'en formant qu'une seule) ont été constituées au XIVème siècle.
Au long de leur histoire complexe, elles relevèrent successivement des seigneurs du même nom puis de la famille de Reinach.

Historique des seigneuries de Montreux

par Daniel Lougnot

LES SEIGNEURIES DE MONTREUX

La famille des sires de Montreux a pour origine Robert, chevalier, septième enfant de Ferry (=Frédéric) V, comte de Toul, et d’Agnès de Ferrette.

Divers biens sundgauviens (sur lesquels nous ne possédons pas de documents) apportés par Agnès passent à Robert puis à son fils Ferry (cf. arbre généalogique simplifié des Montreux) pour lesquels ils sont vassaux des comtes de Ferrette. Ils possèdent en outre divers biens en Lorraine.

Il est toutefois probable que les biens sundgauviens constitueront progressivement leur apanage principal, d'où le nom de famille de Montreux.

Le fils de Ferry et d’Audate de Neublans, Didier de Montreux, chevalier et vassal de Jeanne de Ferrette (dernière comtesse de Ferrette de la famille éponyme), entre en possession de son héritage sundgauvien vers 1345. De sa première épouse, fille du sire de Montjoie, naîtra Jean de Montreux vers 1375. Sa seconde épouse, Guillemette, fille de Jean d’Auxelles, chevalier et sire de Melisey, lui donnera un autre fils, Georges, né vers 1380. Ce dernier sera l’auteur du rameau des Montreux, seigneurs de Melisey ; il recevra en héritage le château de Melisey et tout ce que les seigneurs d’Auxelles vassaux des comtes de Bourgogne possédaient en Franche-Comté.

Après avoir ravagé les terres du duc de Lorraine en compagnie de son père pendant la dernière partie du XIVè siècle, Jean de Montreux figure en 1424, parmi les défenseurs de Belfort durant la guerre dite de Gageries. Conseiller des princes d’Autriche, il intervient dans les litiges qui opposent la ville de Bâle à ses voisins. En 1445, en compagnie de Pierre et Conrad de Morimont et de Jean de Thierstein, il déclare la guerre à la cité de Bâle et occupe le château de Pfeffingen. Il épouse Marie de Graux qui lui apporte en dot d’importants biens en Lorraine dont la forteresse de Saint Baslemont. De ce mariage naîtra Frédéric de Montreux ; comme le Sundgau fait partie des provinces de l’Autriche Antérieure, c’est de l’archiduc Sigismond qu’il recevra en 1458, l’investiture du fief de Montreux. Jean de Montreux était également le père de Georges, bâtard de Montreux, qui fut nommé prévôt de Belfort le 18 janvier 1455.

Georges de Montreux, fils de Didier, entra en possession de l’héritage de sa mère en 1407. Il s’agissait de la forteresse de Melisey et de plusieurs fiefs situés dans les Vosges Saônoises. Il reçut également la moitié de la seigneurie et du château de Montreux. De son épouse, Jeanne de Montjustin, il eut deux fils ; Jean, qui obtint en 1458, la part de la seigneurie de Montreux de son père ; et Didier, qui sera seigneur de Melisey.

Ainsi en 1458, la seigneurie de Montreux qu’avaient possédé Robert et ses descendants au cours des deux siècles précédents, se trouvait-elle partagée en deux. Frédéric de Montreux tenait les villages de Cunelières, Frais, Chavannes sur l’Etang, Chavannes les Grands, Lutran, Magny, Romagny et Valdieu ainsi qu’une partie du village de Petit-Croix; Jean pour sa part, tenait Montreux-Jeune, Montreux-Vieux, Foussemagne, Bretagne et Fontaine. Le bourg de Montreux-Château et le château lui-même étaient communs (1).

De ses deux mariages avec Benedicte von Schellenberg et Yolande de Haraucourt, Frédéric de Montreux, chef de la branche aînée, avait eu cinq enfants. Après la mort de son fils unique, Adam, tué au siège de Salins, obtint de l’archiduc Sigismond en 1475 que ses trois gendres soient co-investis de son fief de Montreux. Ainsi après sa mort en 1497, Louis de Reinach, Christophe de Hattstatt et Etienne de Saint-Loup deviennent coseigneurs de la part du fief de Montreux tenu par leur beau-père augmentée des villages d’Eschêne et Autrage. Seul Louis de Reinach eut des héritiers mâles.

De son côté, Didier de Montreux, chef de la branche cadette, avait épousé Marguerite de Saint-Loup qui lui avait donné au moins cinq enfants dont Antoine et Georges de Montreux. Le premier joua un rôle politique important en s’engageant au service de Pierre de Hagenbach, le bailli de Charles le Téméraire pendant la période où le comte de Ferrette avait été engagé au duc de Bourgogne. En 1475, il avait récupéré la part du fief de Montreux possédé antérieurement par son père et qui était advenue en héritage à son oncle Jean de Montreux en 1467, lequel était mort sans postérité. Cependant comme la maison d’Autriche ne pardonnait pas à Antoine d’avoir choisi le parti bourguignon, son fief avait été amputé de Fontaine qui avait été donné aux Morimont. De sa mère, il avait hérité de biens importants dans les Vosges, notamment la seigneurie et le château des Thons. Il était donc également vassal du duc René de Lorraine. Il avait épousé Marie de Hagenbach fille du bailli de Charles le Téméraire, mais ce mariage était resté stérile. Après son décès en 1512, ses fiefs passèrent à son neveu, Guyot de Montreux, fils de Georges, seigneur de Melisey.

Vestiges de la butte castrale à Montreux-Château (emplacement du premier chateau de Montreux)

En 1549, celui-ci se trouvant dans une situation financière très délicate, vendit sa terre de Montreux pour 16000 florins à Nicolas Perrenot de Granvelle, conseiller et Garde des Sceaux de l’empereur Ferdinand d’Autriche. Ainsi, cette partie de la seigneurie de Montreux prit le nom de Montreux-Granvelle.

Nicolas Perrenot mourut l’année suivante et l’investiture fut conférée à ses fils Frédéric et Thomas. Ces derniers étant morts sans postérité, l’empereur Maximilien accorda l’investiture en 1608, à Jean-Adam, Jean-Thiébaud et Melchior de Reinach qui avaient acheté ce fief vacant. Il s’agissait des trois fils d’Henri de Reinach, lui-même petit-fils de Louise de Montreux et d'Etienne de Saint-Loup évoqués plus haut.

Au cours du 17è siècle, l’histoire de ces deux demi-seigneuries de Montreux qui se trouvaient l’une comme l’autre en possession des Reinach fut particulièrement chaotique du fait des ramifications des différentes branches de cette famille et de la mort prématurée de plusieurs des porteurs de fiefs. La part de la seigneurie échue à Louis de Reinach – la seigneurie de Reinach-Montreux ­­– passa ainsi de père en fils à Jean-Sébastien, puis Egmond, Jean-Jacques, Jean-Rodolphe et finalement aux deux frères, Philippe-Charles-Jacques et Humbert-Nicolas de Reinach.

Dans le même temps, le reste de cette seigneurie – la seigneurie de Reinach-Foussemagne –constituée de la part conservée par Antoine de Montreux augmentée de la part advenue à Etienne de Saint-Loup dans la succession de Frédéric de Montreux, était passé dans les mains de Melchior de Reinach, puis de ses trois fils Jacques, Jean-Thiébaud et Jean-Henry ; ensuite, des trois fils de ce dernier, Melchior, Jean-Adam et Jean-Thiébaud ; puis, Jean-Henri, fils de celui-ci, et enfin, François-Guillaume, fils de ce dernier.

Après la guerre de 30 ans, les Reinach, ayant choisi le parti français contre leur ancien suzerain Habsbourg, purent conserver leurs fiefs en devenant vassaux du roi de France.

Toutefois, l'ancienne suzerainenté des comtes de Ferrette n'est pas oubliée : en 1658, lors de l'installation du Conseil Souverain d'Alsace, le scribe de Montreux parle encore de Montreux "en Ferrette" :

Le 21 septembre 1699, François Joseph Ignace fils de François-Guillaume de Reinach-Foussemagne épousa Marie-Claire, fille de Philippe-Charles-Jacques de Reinach-Montreux. Ce dernier était décédé sans postérité mâle. Pour autant les descendants de François Joseph Ignace ne rassemblèrent pas les deux seigneuries de Montreux ; en effet, en 1560 et 1562, un acte de l'empereur Ferdinand faisait héritiers, en cas d'absence de postérité mâle, les descendants d'une branche cousine de celle de Montreux, qui englobait d'ailleurs la branche de Foussemagne. Si bien que François Joseph Ignace reçut seulement 1/9 de la seigneurie de Montreux.

L’illustre famille de Montreux qui descendait trois fois en ligne directe de Charlemagne à travers les comtes de Montbéliard, les comtes de Bar et Ermentrude de Bourgogne, avait tenu cette seigneurie depuis le 13è siècle. Grâce au jeu des alliances, elle avait étendu ses possessions sur tout l’est de la France ; historiquement vassale de l’empereur d’Autriche, elle avait également rendu foi et hommage aux ducs de Lorraine comme aux comtes de Bourgogne. Elle s’éteignit définitivement au début du 17è siècle avec Jean-Baptiste de Montreux, seigneur de Jasney, le dernier descendant de la branche de Melisey.

Le nom de Montreux avait également été porté au Moyen-Age par une famille de ministériaux étroitement liés aux princes-évêques de Bâle qui se faisait appeler de Montreux-Vieux et par une autre famille possessionnée à Chavanatte, Boron et Bourogne connue comme les Montreux de Chavanatte. Malheureusement, rien ne permet d’établir un lien entre elles et la famille de Montreux dont il est question plus haut.

Voir aussi Les Reinach, seigneurs de Montreux.

Généalogie simplifiée de la famille de Montreux :

(1)   Il n’existe aucun document antérieur aux investitures de 1458 évoquant précisément le partage de la seigneurie.

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