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SAS l'archiduc Léopold séjourne à Belfort : AMB BB2

par LISA

Voir aussi l'article Léopold de Habsbourg, régent d'Autriche antérieure.

Le 15 août 1624, le registre du Conseil des bourgeois de Belfort porte le compte-rendu suivant :

En voici la transcription :

(texte brut) (texte interprété)
La commune a esté mandez et luy a esté
remonstré qu'estant assurez de la venue
de son A. Sme. l'archeduc Leopold d'Austriche
notre souverain Prince et Seigneur,
en ceste ville, il estoit
neccessaire de se demonstrer, à son arrivez
et durant son seiour, ainsi qu'il appartenoit
à bons et fidelles subiect envers son Prince
souverain, et partant, qu'on leurs ordonnoit
et à ung chascung particulier de
des maintenant tenir les rues de la ville
nette et mondé, ensemble de leurs logis
Item de tenir ses armes prestes et nettes
à fin qu'estant mandez pour sen servir,
soit à son entré ou es portes et aultres
lieux neccessaire, tiercement que
les maitres des tours et estably de visiter
leur-dicts estably, les tenir nettes, et ordonner
ce que sera neccessaire pour tirer,
de pourquoi leurs sera fourni poultre
et plomb, quartement qu'ung chascung
se démonstre modeste réverend et
respectueulx, tant envers sadicte Altesse
que les seigneurs et aultres serviteurs
de cour ... signamment estant logez en
leurs maisons, et finalement de soy
si bien comporter que sadicte Altesse ni aultres,
voire (?) messieurs du conseil n'en ayent
aulcunes mescontantement le tout
à point d'estre chastié et punis.

La commune a été convoquée et il leur a été
signifié, qu'étant assuré de la venue
de son Altesse Sérénissime l'archiduc Léopold d'Autriche,
notre souverain prince et seigneur
en cette ville, il était
nécessaire de se montrer, à son arrivée
et durant son séjour comme il appartient
à un bon et fidèle sujet envers son Prince
souverain et, partant, qu'on ordonnait à tous
et à chacun :
1) dés maintenant de tenir les rues de la ville
nettes et propres, de même que leurs logis,
2) de tenir leurs armes prêtes et nettes
au cas où il leur serait commandé de s'en servir,
à son entrée ou aux portes ou en d'autres
lieux,
3) que les maîtres des tours et établis (1) visitent
leurs établis et les tiennent nets, et ordonnent
ce qui sera nécessaire pour tirer ;
à cette fin il leur sera fourni poudre
et plomb,
4) de se montrer modestes, déférents et
respectueux tant envers son Altesse
qu'envers les seigneurs et autres serviteurs
de cours qui notamment seront logés dans
leurs maisons.
Et finalement de se
si bien comporter que ni son Altesse, ni d'autres
... messieurs du Conseil n'en éprouve
aucun mécontentement. Le tout
sous peine d'être châtiés et punis.

Les personnes :

  • Léopold d'Autriche est Léopold V de Habsbourg (1586-1631), comte de Tyrol, qui a en charge l'administration des Pays Antérieurs (dont d'Alsace). Il est fils du duc Charles II de Styrie et le frère cadet de l'empereur Ferdinand II (1578-1637), qui a recueilli en 1619 la totalité des titres de la famille (entre autres, l'archiduché d'Autriche et le landgraviat de Haute-Alsace), à l'exception du Tyrol qu'il a laissé à Léopold (cf. Léopold de Habsbourg, régent d'Autriche Antérieure).
    Celui-ci fut d'abord évèque de Strasbourg (1608-1626) puis, renonçant aux dignités ecclésiastiques, épousa Claudia de Médicis et exerça les pouvoirs concédés par son frère empereur.
    Après son décès, sa veuve le remplacera et sera le dernier souverain autrichien de Belfort, jusqu'à sa prise par les troupes françaises en 1636.
  • Le maître-bourgeois de Belfort, qui préside le Conseil de la ville, est pour l'année 1624 Jean Noblot (ou Noblat) le vieux, membre de cette ancienne famille belfortaine, dont l'ascension sociale culminera avec François et François Bernardin, subdélégués à la fin du 18ème siècle.

Les événements :

Depuis 1619, la région n'est pas épargnée par les troubles et l'instabilité dûs à la guerre de 30 ans ; néanmoins la guerre ne débutera vraiment à Belfort qu'en 1632 avec l'arrivée des suédois ; elle durera jusqu'en 1640, avec en 1636 l'épisode de la prise définitive de Belfort au nom du roi de France par le comte de la Suze.
En 1624, on est donc au début d'une période de crise : difficultés économiques, appels à contributions du souverain autrichien qui commence à s'inquièter pour l'avenir de ses états, mais la vie est encore presque normale.
L'annonce de l'arrivée de l'archiduc est alors, on l'imagine, plutôt une bonne nouvelle.

Suite :
La visite de "son altesse" à Belfort transparait dans un autre acte du même registre, portant sur une question de règlement forestier :


Le 27 septembre 1624
Monsieur Cristoff Aichorn et le forestier du
Vaidoye ont remonstré à Messieurs que
son A. Sme. l'archeduc Leopold a son derrier
depars de ce lieu avoit ordonne de mettre
certain Canton de bois en Arsot pour entretenir
le sauvagins (?), ce qu'il avoit faict, et
pource choisi ung certain canton appellé
le mont d'Arsot, dequoy ilz avoient voulu
advertir messieurs par le commandement
de messieurs les officiers à fin de ny
point envoyer la porcherie de la ville
attendu l'ordonnance de sad. A. portoit
confiscation de ceulx qu'on y meneroit
et garderoit # Messieurs leurs ont
respondu qu'ilz avoient la droiture et
privilege de conduire le menuz
nourrins par tout lesd. bois darsot pour
jouyre du pesnage, mais quilz ne voudroient
aulcunement offencer ny empescher sad.
A. de son plaisir de la chasse,
partant feront abstenir leurs berger
de hanter led. canton soulz esperance
que ce ne sera que pour la pnte
anné et que sad. A. entretiendra la
ville en ses anciennes coustumes et
droitures, et que si par cas fortuit
il y eschappoit quelque menuz nourrins
aud. canton, on ne leurs porterait point
de dommage.
Le 27 septembre 1624
M. Cristoff Aichorn et le forestier du
Valdoie ont déclaré à Messieurs que
SAS l'archiduc Léopold, lors de son précédent
départ de ce lieu avait ordonné de laisser
un canton du bois d'Arsot en réserve pour la préservation
du gibier, ce qu'il avait fait et
pour cela, il avait choisi un canton appelé
"le mont d'Arsot" de quoi ils avaient voulu
avertir Messieurs, par commandement
à MM. les officiers, de ne
pas y envoyer paître les porcs de la ville ;
l'ordonnance de son Altesse comportait en effet
la confiscation des animaux qu'on y mènerait
et garderait. Messieurs leur ont
répondu qu'ils avaient le droit et le
privilège de conduire les jeunes
porcs dans tout ledit bois d'Arsot pour
y jouir du glandage, mais qu'ils ne voudraient
aucunement offenser son
Altesse ni le priver de son plaisir de la chasse ;
ils interdiront donc à leurs bergers
de fréquenter ledit canton, en espérant
que celà ne portera que sur l'année présente
et que son Altesse préservera les anciennes
coutûmes et droits de la
ville, et que si, par hasard,
quelques porcelets s'échappaient et se
retrouvait dans ledit canton, ils n'en subiraient pas
de préjudices.

Cet acte confirme le (ou les) séjour(s) de l'archiduc Léopold à Belfort dans les années 1620.
Le bois d'Arsot (ou d'Arseau) est situé au nord de Belfort, à l'est de Valdoie :


Malheureusement, l'ambiance se dégrade brutalement à la fin de l'année : le 22 décembre, il n'est plus question de fête:

La commune a esté assemblée, sur rescrition
et mandement de S. A. Sme. l'archeduc
Leopold d'Autriche notre souverain Prince et
Seigneur, concernant les troubles de Guerres
que présentement de nouveau se demonstrent
tant au St. Empire que ès pays circonvoisins,
dont il y avait crainte que ses avant-peys
ne fussent encore molesté et ravagé
avant que la contre défense de sesdits
ne fût preste et sur pied et a
esté remonstré et ordonné à ladite commune
que chascung bourgeois et habitant soit
dehuement fourni et prest de ses armes
que lui sont estez imposez, mesme de toutes
munition de guerre neccessaire, et aussi
les muscataires de deulx ou trois libvres
de pouldres et de plomb et mèche à
l'équivalent, et les hoggues seles, ce
et au respect (?) des musquets, et en
second lieu que chascung se fournisse de
provision de victuailles et graines, pour
le moins pour ung demy an, mesme
entant que les villageois et aultres
sur le pays vuille retirer et refuyr (?) quelques
graines et victuailles en ceste ville, que
ceux auprès lesquels ils s'addresseront
ne les ayent à refuser, ains à recepvoir
en seurté
La communauté a été rassemblée, sur réponse écrite
et commandement de SAS l'archiduc
Léopold d'Autriche notre souverain prince et
seigneur, concernant les troubles de guerre
qui se présentement de nouveau se font jour,
tant au St. Empire que dans les pays voisins,
dont on peut craindre que ses avant-pays [l'Autriche Antérieure]
ne fussent encore dévastés et ravagés,
avant que leur défense
ne fût prête et organisée.
Il a exposé et ordonné à cette ville
que chaque bourgeois et habitant soit
dûment équipé des armes
qui lui ont été imposées, ainsi que de toutes
munitions de guerre nécessaires. De même
les mousquetaires de deux ou trois livres
de poudre et de plomb, et de mèches en
suffisance, et les "hoggues" (2) sellées (?)
à l'instar (?) des mousquets. Et en
second lieu que chacun
s'approvisionne en
graines et vivres pour
au moins une demi-année. De même
si les villageois et autres
habitants du pays veulent recourir à quelques
graines et vivres dans cette ville, qu'on
ne les leur refuse pas, mais qu'on les reçoive
en confiance.

NOTES

1 Étably : poste de tir (?)
2 Hoggue, ou hocke ; arme à feu, voir .

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